vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404636 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | IVANOVIC FAUVEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024, M. B A, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 22 mars 2024 portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée le prive de toute ressource ; il devra prochainement quitter le centre des demandeurs d'asile où il est actuellement logé à Conflans Sainte Honorine ; qu'il appartient à une population particulièrement défavorisée et vulnérable à raison notamment des violences physiques et psychologiques qu'il a subies dans son pays d'origine ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors :
- qu'elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, l'OFII n'ayant pas évalué sa vulnérabilité et que ce vice de procédure a exercé une incidence sur le sens de la décision attaquée et l'a privé d'une garantie ;
- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des faits dès lors qu'il n'a jamais eu l'intention de ne pas respecter les exigences des autorités françaises et s'est rendu à toutes les convocations dont il a eu connaissance notamment aux convocations en date des 18 décembre 2023 et 12 janvier 2024 ; qu'il n'a reçu aucune convocation après le 12 janvier 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2404645 enregistrée le 30 mars 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 8 avril 2024, en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin,
- les observations de Me Fauveau Ivanovic, représentant M. A non présent. Me Fauveau Ivanovic confirme avoir pu prendre connaissance du mémoire en défense présenté par l'OFII et conteste la situation de fuite.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 20 janvier 2000, est entré en France en 2023 et a présenté, le 17 novembre 2023, une demande d'asile orientée en procédure Dublin. Il a bénéficié, dans ce cadre et à compter du même jour, des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, par un courrier en date du 1er mars 2024 reçu par le requérant le 7 mars suivant, l'OFII lui a notifié une intention de cessation des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. L'intéressé a produit des observations en réponse le 12 mars 2024. Par une décision en date du 22 mars 2024 dont l'intéressé demande la suspension, l'OFII lui a notifié une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 ci-dessus visée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Il résulte de l'instruction que la cessation des conditions matérielles d'accueil prive M. A, entré récemment sur le territoire national, de ressources financières. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.".
7. Il résulte de l'instruction que la décision par laquelle l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil accordées à M. A, est fondée sur le refus de l'intéressé de se présenter à des rendez-vous, motif de cessation prévu au 3° de L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent. Toutefois, M. A soutient s'être présenté aux deux rendez-vous pour lesquels il avait reçu des convocations, fixés, respectivement, aux 18 décembre 2023 et 12 janvier 2024 et que d'ailleurs, à la suite de ces rendez-vous, son attestation de demande d'asile lui a été renouvelée ce même 12 janvier 2024. Si l'OFII soutient que les faits reprochés au requérant, et qui auraient justifié son placement en fuite, seraient postérieurs au 12 janvier 2024, il ne donne aucune précision à cet égard et notamment n'indique ni le nombre, ni la date des convocations auxquelles l'intéressé aurait omis ou refusé de se rendre depuis le 12 janvier 2024 et n'apporte donc aucun élément permettant d'établir que M. A n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ainsi qu'il le fait valoir. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le motif de la décision tiré de ce que l'intéressé n'aurait pas répondu à une convocation comme l'exige le 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait entaché d'une erreur de fait est donc propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 mars 2024 par laquelle l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présente un caractère provisoire () ".
10. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au directeur de l'OFII d'accorder, à titre provisoire, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil et donc sans effet rétroactif, à M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu à ce stade d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 mars 2024 portant cessation d'octroi des conditions matérielles d'accueil à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 3 : Il est enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Me Fauveau Ivanovic et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Cergy, le 19 avril 2024.
La juge des référés,
signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026