Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404641

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 29 mars 2024, 5 et 12 avril 2024, M. C A, représenté par Me Bogliari, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant pakistanais né le 13 janvier 1975, serait entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 27 janvier 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 août 2023. Par un arrêté du 29 mars 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. A soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé en ce qu'il ne mentionne pas les démarches effectuées afin de régulariser sa situation. Il ressort des pièces du dossier, tant du procès-verbal d'interpellation au cours de laquelle le requérant a déclaré avoir déposé une demande de titre de séjour que de l'attestation de dépôt d'un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour, en date du 23 février 2024, que M. A a déposé ledit dossier le 16 février 2024 auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise, soit antérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Par conséquent, M. A ayant bien entamé des démarches afin de régulariser sa situation, ce dernier est fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation.

3. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par le requérant, que la décision du 29 mars 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions par lesquelles le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulé () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu actuel de résidence du requérant, de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. A et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir les injonctions prononcées ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. A, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

P. BocquetLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision