Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404643

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. A, représenté par Me Traoré demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente faute qu'il soit justifié de l'empêchement du préfet de la Marne ;

- elle est insuffisamment motivée pour comporter des formules stéréotypées ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour pendant une durée de six mois :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est, par principe, illégale.

.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 16 mai 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauricien né le 20 avril 1983, entré en A en 2019 selon ses déclarations, a été contrôlé par les services de police le 28 mars 2024 pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté pris le même jour, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet de la Marne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des actes de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de tels actes alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. L'arrêté attaqué a été signé par M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne, lequel avait reçu du préfet de ce département délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées, par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. En se bornant à soutenir qu'il n'est pas justifié de l'empêchement du préfet de la Marne, M. A ne met pas sérieusement en doute la compétence de l'auteur de l'acte. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

4. La décision faisant à M. A obligation de quitter le territoire français sans délai vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. A, en énonçant notamment que l'intéressé, qui était muni d'un passeport en cours de validité, a déclaré qu'il est entré en A en 2019 et n'a entrepris aucune démarche de régularisation de sa situation. Il précise également que M. A ne dispose d'aucune autorisation de travail lui permettant d'exercer régulièrement une activité professionnelle en A et que s'il indique être père d'un enfant résidant en A, il n'en indique pas la nationalité ni celle de la mère de ce dernier, circonstances dont il découle que l'intéressé ne rentre dans aucun cas de délivrance d'un titre de séjour de plein droit, que la décision ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'entre dans aucun des cas de protection prévu à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision attaquée, qui ne comporte aucune formule stéréotypée, répond aux exigences de motivation posées par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ()

6. En se bornant à soutenir que " le tribunal constatera que l'obligation de quitter le territoire a violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ", le requérant n'apporte pas les précisions suffisantes mettant le juge à même d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen qu'il invoque, lequel ne peut, pour ce motif, qu'être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qui entacherait la décision en litige, au soutien duquel le requérant se borne à indiquer que " le tribunal pourra relever les erreurs dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant " ne peut qu'être également écarté.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

7. En premier lieu, la décision faisant à M. A obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui interdisant le retour pendant une durée de six mois, ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la A, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la A, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. M. A se borne à énoncer que l'interdiction de retour qui lui est opposée serait entachée d'une illégalité de principe sans assortir cette allégation d'aucune précision. Dans ces conditions, faute de précisions susceptibles de permettre au juge d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen invoqué, celui-ci ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. En conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.