Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404646
mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404646 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2024, M. A... E..., représenté par Me Ahmad, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation et de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.
Il soutient que :
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le préfet n’a pas justifié sa décision d’interdiction de retour au regard des critères posés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, laquelle procède, en conséquence, d’un défaut de motivation ;
- l’inscription aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait savoir que le requête n’appelle aucune observation particulière de sa part et communique les pièces utiles en sa possession.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 614-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E..., ressortissant bangladais né le 20 septembre 1993, est entré sur le territoire français le 19 novembre 2019. L’intéressé a présenté une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 18 décembre 2022, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 16 mars 2023. M. E... a présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile qui a été rejetée par l’OFPRA comme irrecevable par décision du 27 novembre 2023. Par un arrêté du 25 mars 2024, dont M. E... demande l’annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2042-08 du 21 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. B... D..., attaché chef de bureau de la préfecture, à l’effet de signer la décision contestée en cas d’absence ou d’empêchement de Mme C..., directrice des migrations et de l’intégration. Il n’est pas établi que Mme C... n’aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision contestée. Le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile soulevé à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme inopérant dès lors que cet article ne prévoit pas la délivrance de plein droit d’un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
4. Aux termes de l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) les décisions d'interdiction de retour (…) sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ». Aux termes des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Et aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…) ».
5. La décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont elle fait application et notamment ses articles L. 612-6 et L. 612-10. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu’une interdiction soit faite au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, tirés de ce qu’il a fait l’objet d’une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 2 janvier 2023 par le préfet de police de Paris qu’il n’a pas exécutée, qu’il est célibataire et sans enfant et qu’il ne justifie d’aucune circonstance particulière. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnait pas les dispositions citées au point 4 du jugement. Dès lors, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et de l’erreur de droit doivent être écartés.
En ce qui concerne l’inscription aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :
6. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 (…) ».
7. Lorsqu’elle prend à l’égard d’un ressortissant étranger une décision d’interdiction de retour sur le territoire français, l’autorité administrative se borne à informer l’intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d’interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de ce que cette mesure serait disproportionnée, alors qu’il résulte de ce qui précède que la contestation de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français doit être rejetée, ne peut, en tout de cause, qu’être écarté.
8. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. E... doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
S. OuillonLa greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2024, M. A... E..., représenté par Me Ahmad, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation et de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.
Il soutient que :
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le préfet n’a pas justifié sa décision d’interdiction de retour au regard des critères posés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, laquelle procède, en conséquence, d’un défaut de motivation ;
- l’inscription aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait savoir que le requête n’appelle aucune observation particulière de sa part et communique les pièces utiles en sa possession.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 614-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E..., ressortissant bangladais né le 20 septembre 1993, est entré sur le territoire français le 19 novembre 2019. L’intéressé a présenté une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 18 décembre 2022, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 16 mars 2023. M. E... a présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile qui a été rejetée par l’OFPRA comme irrecevable par décision du 27 novembre 2023. Par un arrêté du 25 mars 2024, dont M. E... demande l’annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2042-08 du 21 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. B... D..., attaché chef de bureau de la préfecture, à l’effet de signer la décision contestée en cas d’absence ou d’empêchement de Mme C..., directrice des migrations et de l’intégration. Il n’est pas établi que Mme C... n’aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision contestée. Le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile soulevé à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme inopérant dès lors que cet article ne prévoit pas la délivrance de plein droit d’un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
4. Aux termes de l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) les décisions d'interdiction de retour (…) sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ». Aux termes des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Et aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…) ».
5. La décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont elle fait application et notamment ses articles L. 612-6 et L. 612-10. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu’une interdiction soit faite au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, tirés de ce qu’il a fait l’objet d’une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 2 janvier 2023 par le préfet de police de Paris qu’il n’a pas exécutée, qu’il est célibataire et sans enfant et qu’il ne justifie d’aucune circonstance particulière. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnait pas les dispositions citées au point 4 du jugement. Dès lors, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et de l’erreur de droit doivent être écartés.
En ce qui concerne l’inscription aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :
6. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 (…) ».
7. Lorsqu’elle prend à l’égard d’un ressortissant étranger une décision d’interdiction de retour sur le territoire français, l’autorité administrative se borne à informer l’intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d’interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de ce que cette mesure serait disproportionnée, alors qu’il résulte de ce qui précède que la contestation de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français doit être rejetée, ne peut, en tout de cause, qu’être écarté.
8. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. E... doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... E... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
S. OuillonLa greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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