Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404652

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 31 mars 2024 et 3 avril 2024, M. B D, représenté par Me Abreu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours, renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;

- ils sont entachés d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- ils méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 4 avril 2024, le rapport de Mme Bocquet, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant bulgare né le 7 mars 1999, déclare être entré en France en 2014. Il a été interpellé le 30 mars 2024 pour des faits de conduite sans permis. Par deux arrêtés du 30 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande l'annulation de ces arrêtés.

2. Les deux arrêtés ont été signés par Mme C A, cheffe du bureau des examens spécialisés de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature, consentie par l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine n°2024-08 du 21 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à fin de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département au nombre desquels figurent les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. Les arrêtés attaqués mentionnent les textes sur lesquels reposent ses décisions. Par ailleurs, ils comportent des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant l'identité, la nationalité et les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de M. D. En outre, il mentionne les motifs pour lesquels le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. Pour contester les arrêtés en litige, l'intéressé se prévaut de l'intensité et de la stabilité de sa vie privée et familiale. Toutefois, il apparaît que le requérant ne produit aucune preuve de présence en France avant 2018. De plus, il produit pour seule preuve d'hébergement une domiciliation postale auprès du Secours catholique et pour seule attestation de revenus pour l'ensemble de la famille, un certificat de travail en qualité d'agent de nettoyage entre le

23 novembre 2021 et le 20 octobre 2022. Il produit également la carte d'identité bulgare de sa compagne ainsi que les actes de naissance en France de ses trois enfants et les certificats de scolarité de ses deux ainés en école maternelle. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale soit dans l'impossibilité de se reconstituer dans le pays dont tous les membres possèdent la nationalité, ni que l'intéressé soit dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, le certificat de travail d'un an produit ne démontre nullement une insertion professionnelle substantielle sur le territoire français ni une source de revenus pour sa famille, alors même que le requérant est connu défavorablement des forces de police. Au surplus, le requérant ne peut se prévaloir de son insertion dans la société française, ayant fait l'objet d'un précédent arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 2 mai 2023 et non exécuté. Dans ces circonstances, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme ayant porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des fins poursuivies par les arrêtés en litige, ni que les arrêtés contestés portent atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Les moyens tirés des stipulations précitées ne peuvent donc qu'être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. BocquetLe greffier,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.