Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404819

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, et des pièces complémentaires reçues les 11 et 15 avril 2024, M. A, représenté par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer sous 48 h un rendez-vous afin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avant qu'il n'atteigne son 19ème anniversaire ;

3°) mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros à verser à Me Rosin au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en tant qu'étranger pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance il est fondé à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à condition d'en faire la demande dans sa dix-huitième année ; en outre il a tenté à plusieurs reprises d'en obtenir la délivrance ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 453-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine le 8 avril 2024 qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gambien, né le 9 mai 2005, a été confié à l'aide sociale à l'enfance du 6 janvier 2022 au 9 mai 2023. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous en préfecture en vue de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui en délivrer récépissé.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "

4. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

5. Pour justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité de bénéficier à très bref délai de la mesure d'injonction qu'il demande, M. A fait valoir qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, qu'il suit une formation professionnelle depuis six mois et qu'il satisfait ainsi les conditions lui permettant d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à condition d'en faire la demande dans sa dix-huitième année, soit avant le 9 mai 2024. Il expose qu'il a déposé sa demande en décembre 2023, date à laquelle il cumulait 4 mois de formation professionnelle, et qu'il a renouvelé celle-ci à plusieurs reprises depuis. Il établit ainsi que l'impossibilité pour lui de faire enregistrer sa demande de titre de séjour est de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par M. A est satisfaite.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance 6 janvier 2022 au 9 mai 2023, qu'il suit avec sérieux et assiduité depuis 6 mois une formation professionnelle pour obtenir un CAP de peintre applicateur revêtements, et que la structure d'accueil de l'aide sociale a émis le 20 décembre 2023 un avis favorable sur son insertion dans la société française. Sa demande de titre de séjour est susceptible de donner lieu à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 453-3 et l'enregistrement de sa demande par les services préfectoraux. Son enregistrement avant le 9 mai 2024 présente ainsi un caractère utile.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. A, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement, à un rendez-vous qui devra intervenir au plus tard le 8 mai 2024 afin d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a été admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rosin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosin de la somme de 800 euros. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. A, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement, à un rendez-vous qui devra intervenir au plus tard le 8 mai 2024 afin d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Me Rosin en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 16 avril 2024

Le juge des référés,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404819