Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404956

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. A B, représenté par

Me Singh, avocate, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " et de sa demande tendant à l'octroi d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, née du silence gardé sur ces demandes, déposées le 5 octobre 2022, par le préfet des Hauts-de-Seine ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans ou à défaut de renouveler son certificat de résidence algérien valable un an portant mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte que ci-dessus ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour et que la décision litigieuse a des conséquences graves sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle, notamment en ce qu'elle a pour effet d'impacter sa vie familiale et l'exposerait au risque de perdre son emploi ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qui :

* a été signée par une autorité incompétente ;

* est entachée d'un défaut de motivation ;

* est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

* méconnaît les stipulations de l'article 7 bis h) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que :

- à titre principal, la requête en annulation est irrecevable car tardive ;

- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le requérant ne justifie pas d'une situation professionnelle à laquelle il serait porté préjudice, et qu'il a été mis en possession d'un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 5 mai 2024.

Vu :

- la requête n° 2404509, enregistrée le 28 mars 2024, par laquelle M B demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 24 avril 2024 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Grospierre, greffier :

- le rapport de M. Kelfani, juge des référés ;

- les observations de Me Singh et de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui est de nationalité algérienne, soutient être entré sur le territoire français le 11 mars 2006 et avoir obtenu un premier certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 13 octobre 2017 au 12 octobre 2018, régulièrement renouvelé jusqu'au 16 décembre 2022. Ce dernier arrivant à expiration, il en a demandé le renouvellement le 5 octobre 2022 ainsi que la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans. Par la requête enregistrée le 5 avril 2024 sous le n° 2404956, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de ses demandes de renouvellement de titre de séjour et d'octroi d'un certificat de résidence algérien valable dix ans.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3. ". Enfin, l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. ".

4. Il ne ressort ni du document intitulé " attestation préfectorale " établie en date du 6 février 2022 par le bureau du séjour des étrangers de la préfecture des Hauts-de-Seine ni des autres pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait accusé réception, dans les conditions prévues par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, des demandes de M. B présentées le 5 octobre 2022 tendant au renouvellement de son titre de séjour ou à la délivrance d'un titre de séjour valable dix ans. Dans ces conditions, aucune tardiveté ne peut être opposée à la requête au fond présentée par M. B le 28 mars 2024 et enregistrée au greffe du Tribunal sous le n° 2404509. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Hauts-de-Seine doit être rejetée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

6. L'urgence à suspendre l'exécution d'une décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour doit, en principe être reconnue. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision dont le requérant demande la suspension de l'exécution présente ce caractère. Il suit de là que la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

7. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par M. B et tirés de ce que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle paraissent, notamment, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, rappelées au point 2, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " et de sa demande tendant à l'octroi d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, née, le 5 février 2023, du silence gardé sur ces demandes par le préfet des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, par suite, d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, d'une part, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, à l'examen de la situation du requérant, et, d'autre part, de délivrer à l'intéressé, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

10. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir les injonctions prononcées ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet de la demande de M. B tendant au renouvellement de son certificat de résidence algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " et de sa demande tendant à l'octroi d'un certificat de résidence algérien valable dix ans, née du silence gardé sur ces demandes, déposées le 5 octobre 2022, par le préfet des Hauts-de-Seine, est suspendue.

Article 2 : Il est fait injonction au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, à l'examen de la situation de M. B et de délivrer à l'intéressé, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy-Pontoise, le 25 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

K. Kelfani

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.