Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404976

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. C B, représenté par Me Raji, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle illégale du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du signalement au système d'information Schengen dès lors qu'une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant égyptien né le 18 octobre 1971 à Samalot El Menia, déclare être entré en France le 28 février 2011 et avoir déposé une demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile le 7 mars 2013, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 décembre 2013. Le 29 avril 2016, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité la première demande de réexamen de l'intéressé, notifiée le 16 juin 2016. Le 14 novembre 2017, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité la deuxième demande de réexamen de l'intéressé, notifiée le 25 novembre 2017. Le 18 juin 2019, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité la troisième demande de réexamen de l'intéressé, notifiée le 20 juin 2019. Le 21 novembre 2022, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité la quatrième demande de réexamen de l'intéressé, notifiée le 1er décembre 2022. Le 16 mai 2023, l'OFPRA a rejeté la cinquième demande de réexamen de l'intéressé, notifiée le 24 mai 2023. Le 30 juin 2023, l'OFPRA a rejeté pour irrecevabilité la sixième demande de réexamen de l'intéressé, notifiée le 5 juillet 2023. Par un arrêté du 19 mars 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'elles sont dirigées contre le signalement aux fins de non admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

4. En premier lieu, il ressort de l'arrêté SGAD n° 2024-08 du 21 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, que M. D A, attaché, adjoint au chef de bureau et signataire de l'arrêté attaqué, s'est vu déléguer la signature du préfet des Hauts-de-Seine aux fins de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, de sorte que le moyen tiré de son incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait insuffisamment examiné la situation du requérant.

6. En troisième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. B soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des persécutions et que sa vie y serait en danger. Toutefois, M. B ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir la réalité de ces allégations, alors que sa demande d'asile a été rejetée à six reprises par les autorités compétentes et qu'il n'apporte aucun élément étayés et actuels permettant d'établir qu'il serait exposé à un risque personnel et actuel de traitements inhumains ou dégradants en Egypte. Dès lors le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant le pays de destination et il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait les dispositions précitées.

9. En cinquième lieu, d'une part, si M. B soutient qu'il souffre de problèmes de santé nécessitant une charge médicale, il ne fournit aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B n'établit pas qu'il serait exposé à un risque personnel et actuel de traitements inhumains ou dégradants en Egypte. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit, n'est pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté pour ce motif.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sans qu'il n'y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs Le greffier,

signé

M. ELa République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404976