Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404986

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, né le 20 août 1980, serait entré en France en 2021, selon ses déclarations. Il a sollicité une demande d'asile le 5 juillet 2021 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 31 août 2021, notifiée le 16 septembre 2021 et confirmée par une décision du 18 janvier 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. A a fait l'objet, par arrêté du 22 août 2022 du préfet du Val-d'Oise, d'une obligation de quitter le territoire français. Il a été interpellé le 4 avril 2024 pour des faits de maintien irrégulier sur le territoire français. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'arrêté en litige :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme G D, cheffe de la section éloignement à la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin du préfet de ce département, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E B, directeur des migrations et de l'intégration, consentie par un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, de ce fait, suffisamment motivé.

4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, M. A soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement par les services de la préfecture du Val-d'Oise à l'édiction de l'arrêté attaqué. Toutefois, il n'est pas établi, ni même allégué, que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée, ni même encore qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle. Au demeurant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a pris en compte les déclarations de M. A concernant sa situation familiale, l'intéressé ayant déclaré être célibataire et sans charge de famille en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

7. M. A se maintient irrégulièrement en France depuis le rejet de sa demande d'asile. En outre, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 22 août 2022, à laquelle il s'est soustrait. Par conséquent, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

8. Si M. A soutient qu'il craint d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des persécutions en raison de son opposition politique au régime et de ses condamnations dans des affaires pénales de droit commun, il n'apporte aucun élément précis permettant d'établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile le 31 août 2021, décision confirmée par la CNDA le 18 janvier 2022. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision fixant le pays d'éloignement d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. D'une part, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, M. A, qui se maintient irrégulièrement en France depuis le rejet de sa demande d'asile, a fait l'objet, par arrêté du 22 août 2022 du préfet du Val-d'Oise, d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il s'est soustrait. Par suite le requérant n'établit pas le caractère disproportionné de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

11. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, () dénuée de fondement (). ".

12. La requête de M. A étant manifestement dépourvue de fondement, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Dookhy et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P.-H. d'Argenson

La greffière,

signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404986