Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404994
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404994 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8, 9 et 11 avril 2024, sous le n° 2405036, M. B A, représenté par Me Soh Mouafo, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est illégale dès lors que cette décision ne lui a pas été notifiée, conformément aux dispositions de l'article R. 776-2 du code de justice administrative ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, sans délai ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 7, 9 et 11 avril 2024, sous le n° 2404994, M. B A, représenté par Me Soh Mouafo, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois et a fixé les modalités d'application de cette mesure ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision l'assignant à résidence est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte ni la signature, ni la mention du nom et du prénom de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les modalités d'application de l'assignation à résidence sont illégales en raison de l'illégalité de la décision d'assignation à résidence ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Garona comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 11 avril 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme Garona, magistrate désignée,
- les observations orales de Me Soh Mouafo, pour M. A,
- et les observations de M. A.
Le préfet du Nord et le préfet du Val-d'Oise n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant camerounais, né le 28 février 1996, a déclaré être entré en France en 2013. Le 6 avril 2024, il fait l'objet d'un contrôle d'identité puis a été placé en retenue par les services de gendarmerie de Lille en vue de la vérification de son droit au séjour, qui a révélé sa situation irrégulière sur le territoire national. Par un premier arrêté du 7 avril 2024, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par un second arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°2404994 - 2405036 présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article R. 776-18 du code de justice administrative, applicable au présent litige en vertu des dispositions de l'article R. 776-13-2 du même code : " () Les décisions attaquées sont produites par l'administration. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui soutient que l'arrêté du 7 avril 2024 ne lui a pas été notifié, ne l'a pas produit à l'appui de sa requête et qu'il appartenait donc au préfet du Nord de le produire dans son entièreté en application des dispositions précitées de l'article R. 776-18 du code de justice administrative. La requête de M. A a été communiquée au préfet du Nord, le 9 avril 2024, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ni aucune pièce. Dans ces conditions, en l'absence de production par l'autorité administrative de l'arrêté attaqué dans son intégralité alors que cette obligation lui incombait, M. A est fondé à soutenir que cette décision, révélée par sa requête, est entachée d'incompétence et d'un défaut de motivation et doit, par suite, être annulée. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler les décisions subséquentes refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
6. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, il y a lieu d'annuler par voie de conséquence, l'arrêté du préfet du Val-d'Oise portant assignation à résidence de M. A pour une durée de quarante-cinq jours.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ainsi que de l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise, pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes que demande M. A au titre des frais liés au litige. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent, par suite, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 7 avril 2024 du préfet du Nord et du préfet du Val-d'Oise sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et aux préfets du Nord et du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
E. Garona
La greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet du Nord et au préfet du Val-d'Oise en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2404994 - 2405036
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