Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405020

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 9 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Haas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement personnel ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

La décision l'assignant à résidence :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Garona comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 avril 2024, a été entendu, le rapport de Mme Garona, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante roumaine, née le 19 juin 1989, déclare être entrée en France en 2021. Le 6 avril 2024, à la suite d'une dispute conjugale, Mme A a été interpellée par les services de police pour des faits de violences volontaires sur conjoint en état d'ivresse. Par un premier arrêté du 6 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assignée à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable un fois et a fixé les modalités d'application de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° () ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

3. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Mme A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'a pas été interpellée trois fois depuis 2022 pour des faits de vols aggravés par deux circonstances mais une seule fois.

5. Pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que Mme A a été interpellée par les services de police le 6 avril 2024 pour des faits de violences volontaires par conjoint en état d'ivresse ainsi que trois fois depuis 2022 pour des faits de vols aggravés par deux circonstances. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment du rapport d'identification dactyloscopique de l'intéressée, versé en défense par le préfet, qu'outre le signalement déjà évoqué de violences volontaires par conjoint en état d'ivresse du 6 avril 2024, Mme A a été signalée le 12 mars 2022 pour des faits de vol commis dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs et recel de bien provenant d'un vol. Par suite, les circonstances de fait motivant la décision attaquée sont erronées et ont été de nature à fausser l'appréciation portée par le préfet eu égard à l'application de 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme A est fondée à demander l'annulation de cette décision. Il y a lieu d'annuler par voie de conséquence, les décisions subséquentes, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ainsi que l'arrêté du 6 avril 2024 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 6 avril 2024 du préfet des Hauts-de-Seine sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Garona

La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.