Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405091
mercredi 8 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024 sous le numéro 2405091, M. B C, représenté par Me Hennon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une période de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 25 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- il a été irrégulièrement notifié ;
- il a été pris par un auteur incompétent ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté du 25 mars 2024 portant assignation à résidence pour une période de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois :
- il a été irrégulièrement notifié ;
- il a été pris par un auteur incompétent ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il oppose, à titre principal, une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, et fait valoir, à titre subsidiaire, que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
II. Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024 sous le numéro 2406379, M. B C, représenté par Me Hennon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une nouvelle période de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il est fondé sur deux arrêtés du 25 mars 2024 qui lui ont été irrégulièrement notifiés ;
- il a été pris par un auteur incompétent ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant moldave né le 19 avril 1989, déclare être entré en France en 2018. Le 19 septembre 2023, l'intéressé a été condamné par le tribunal judiciaire de Pontoise à une peine de 5 mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et a été écroué à la maison d'arrêt d'Osny-Pontoise du 4 janvier 2024 au 25 mars 2024. Par un premier arrêté du 25 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une période de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par suite, M. C a fait l'objet d'un arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une nouvelle période de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par les présentes requêtes, M. C demande l'annulation de ces trois arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°2405091 et 2406379 concernent un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la fin de non-recevoir :
3. D'une part, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 776-1 du code de justice administrative : " Les modalités selon lesquelles le tribunal administratif examine les recours en annulation formés contre les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au séjour qu'elles accompagnent, les interdictions de retour sur le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français obéissent, sous réserve des articles L. 651-3 à L. 651-6, L. 652-3, L. 653-3, L. 761-3, L. 761-5, L. 761-9, L. 762-3 et L. 763-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux règles définies aux articles L. 614-2 à L. 614-19 du même code ". L'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / () ". Par ailleurs, il résulte des dispositions combinées des articles R. 776-29 et R. 776-31 du même code que les étrangers ayant reçu notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1 du code alors qu'ils sont en détention ont la faculté de déposer leur requête, dans le délai de recours contentieux, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire.
4. D'autre part, l'article L. 732 8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731 1 peut être contestée devant le tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés du 25 mars 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence dans ce département pour une période de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, lui ont été notifiés le 25 mars 2024 à 10h14 et comportent les voies et délais de recours. Si le requérant soutient que cette notification n'aurait pas eu pour effet de faire courir le délai de recours dès lors qu'il était alors incarcéré et n'a pas été informé de la faculté de déposer une requête auprès du chef de l'établissement pénitentiaire, il ressort du volet 5 de sa fiche pénale qu'il a été libéré le 25 mars 2024 à 10h12. Par suite, le requérant ne peut soutenir qu'il n'avait accès à aucun moyen de communication lui permettant d'introduire un recours auprès du président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées. Par suite, la requête n° 2405091 de M. C, enregistrée le 9 avril 2024, est tardive et il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Val-d'Oise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une nouvelle période de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :
6. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Dès lors, même à le supposer établi, le moyen tiré d'une notification irrégulière des deux arrêtés du 25 mars 2024 et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de l'arrêté attaqué du 25 avril 2024 ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. En deuxième lieu, par un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à M. D A, adjoint à la cheffe du bureau des contentieux et de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). "
9. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet, de refuser une demande d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".
11. M. C fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre le 25 mars 2024. En outre, il n'est pas établi que son éloignement du territoire français ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est domicilié à Méry-sur-Oise (Val-d'Oise) et qu'il n'exerçait aucune activité professionnelle à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Enfin, s'il se prévaut de la scolarité de sa fille, inscrite en petite section de maternelle dans une école également située à Méry-sur-Oise, il ne démontre, ni même n'allègue, que les modalités d'assignation ne lui permettraient pas de contribuer à son éducation. Dans ces conditions, M. C ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans ce département prise à son encontre avec obligation de se présenter tous les jours à 10 heures à la brigade de Gendarmerie de
Méry-sur-Oise pendant une période de 45 jours, renouvelable une fois, présenterait un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquences, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2405091 et n°2406379 de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
D. Robert La greffière,
Signé
O. El-Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2405091 - 24063792
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