Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405140

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, M. B D, représenté par Me Persidat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024 le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces du dossier du requérant.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 29 mai 2024 :

- le rapport de M. Dussuet, président du tribunal ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant serbe né 22 mai 1981, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 11 mars 2007, selon ses déclarations. Il a été interpellé par les services de police le 6 avril 2024 pour des faits de tentative de vol en réunion précédée de dégradations. Par un arrêté du 7 avril 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet des

Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté SGAD n° 2023-065 du 13 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des du même jour, le préfet a donné délégation à M. C A, sous-préfet, directeur de cabinet auprès du préfet des Hauts-de-Seine, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français, et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. D se prévaut de sa présence en France depuis le 11 mars 2007, et de la présence sur le territoire français de ses cinq enfants, issus de deux précédentes unions. Toutefois, d'une part, l'intéressé ne produit à la présente instance que les actes de naissance de ses deux fils nés en 2012 et 2016. S'il allègue que son fils ainé est revenu vivre avec lui à l'issue de son placement à l'aide sociale à l'enfance et qu'il entretient des relations régulières avec ses quatre autres fils, dont un est encore placé auprès de l'aide sociale à l'enfance, il ne produit aucune pièce probante à l'appui de ces allégations de nature à établir qu'il participe à l'entretien et l'éducation de ses enfants. En outre, il ne fait état d'aucun obstacle à ce que ses enfants lui rendent visite pendant la durée de son interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, M. D ne justifie d'aucune insertion professionnelle, et n'établit pas plus sa présence continue sur le territoire français depuis son entrée alléguée le 11 mars 2007, le requérant se bornant à produire à la présente instance un récépissé de demande de carte de séjour éditée le 7 juin 2017 et son avis d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2020. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France et aux faits qui lui sont reprochés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en lui faisant obligation de quitter le territoire et en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, a porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le président du tribunal,

Signé

J-P. DussuetLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision