Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405151
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405151 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DERRIDJ |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, avocat, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 10 janvier 2024, par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine s'est opposé à la déclaration préalable de travaux référencée DP 95306 23 H0252 déposée le 20 décembre 2023 en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile Impasse Lambert Dumesnil - Lieu-dit Sous la Justice ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune d'Herblay-sur-Seine de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réinstruire sa déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Herblay-sur-Seine la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Free Mobile soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs, et que le territoire de la commune d'Herblay-sur-Seine n'est à cet égard que partiellement couvert par les réseaux de téléphonie mobile de Free Mobile ; que notamment, la partie du territoire de la commune d'Herblay-sur-Seine sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux, alors que la société a pris des engagements envers l'État en termes de couverture et de qualité de service ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision qui :
. est insuffisamment motivée ;
. est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de la réglementation de la zone A du plan local d'urbanisme de la commune ;
. est entachée d'une erreur d'appréciation, le projet ne portant pas atteinte à son milieu environnant.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2024, la commune d'Herblay-sur-Seine, représentée par Me Derridj, avocate, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Free Mobile de la somme de 3.000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Herblay-sur-Seine fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens invoqués par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2403704, enregistrée le 8 mars 2023, par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de l'arrêté contesté.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 3 mai 2024 à 9 heures.
Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier :
- le rapport de M. Kelfani, juge des référés ;
- les observations de Me Mirabel, avocat, substituant Me Martin ;
- et celles de Me Pasquio, avocat, substituant Me Derridj.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Free Mobile a déposé le 20 décembre 2023 une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile Impasse Lambert Dumesnil - Lieu-dit Sous la Justice, sur la parcelle cadastrée section ZX n° 34, à Herblay-sur-Seine. Par un arrêté en date du 10 janvier 2024, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine s'est opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la SAS Free Mobile demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'État quant à cette couverture du territoire par ses réseaux de téléphonie mobile de troisième génération (3 G), de quatrième génération (4 G) et de cinquième génération (5 G), ainsi qu'à la circonstance que la partie du territoire de la commune de Herblay-sur-Seine sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par les réseaux de la société Free Mobile, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie. A cet égard, est sans incidence sur l'urgence de la demande de la société Free Mobile la circonstance que cette dernière a attendu quelques jours avant l'expiration du délai de recours pour déposer sa requête en annulation de l'arrêté en date du 10 janvier 2024 et un mois de plus pour saisir le juge des référés de sa demande de suspension. La commune d'Herblay-sur-Seine ne saurait davantage sérieusement soutenir que la société requérante ne démontrerait pas l'existence d'une couverture insuffisante de son territoire au motif que les cartes jointes à la requête auraient été réalisées par ses soins ou se prévaloir de ce que la société requérante aurait déjà rempli ses engagements nationaux en matière de 4 G ou de ce qu'elle a déjà installé 9 antennes de 5 G sur son territoire ou de la proximité d'autres antennes.
5. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
6. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine s'est fondé sur les dispositions de l'article
R. 111-27 du code de l'urbanisme et sur la réglementation de la zone A du plan local d'urbanisme de la commune, relative à l'insertion architecturale, urbaine, paysagère et environnementale dans les zones agricoles et naturelles, considérant " qu'en l'espèce, l'antenne, dans sa disposition actuelle, ne permet pas une intégration harmonieuse dans la zone agricole dans laquelle elle est projetée ".
7. Le projet de la société Free Mobile d'installation d'une station de relais de téléphonie mobile se situe en zone A du plan local d'urbanisme, qui est, au vu du rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune, un secteur " principalement constitué d'espaces agricoles impropres à la culture car trop pollués " et " identifié comme réserve foncière à long terme ". Il ressort par ailleurs des photographies produites par la société Free Mobile, que ce secteur est également caractérisé par la présence de plusieurs superstructures de type pylônes servant de support à des lignes électriques à haute tension ou à des antennes de téléphonie mobile et de constructions précaires. Le terrain d'assiette se situe ainsi dans une zone ne présentant aucune caractéristique naturelle, esthétique, architecturale ou urbanistique susceptible de lui conférer un intérêt pouvant faire obstacle à l'installation de l'équipement projeté. En outre, l'implantation prévue d'un pylône en treillis métallique est de nature à limiter l'impact visuel du projet. Dans ces conditions, le motif tiré de la méconnaissance par la déclaration de travaux déposée le 20 décembre 2023 par la société Free Mobile de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de la réglementation de la zone A du plan local d'urbanisme de la commune d'Herblay-sur-Seine, n'est pas de nature à justifier légalement le refus d'autorisation d'urbanisme attaqué. Dès lors, les moyens tirés de ce que, en s'opposant à la déclaration de travaux préalable déposée par la société Free Mobile, le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de la réglementation de la zone A du plan local d'urbanisme de la commune et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant la légalité de cette décision.
8. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ". Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté n'est pas susceptible de fonder, en l'état du dossier, la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 10 janvier 2024, par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine s'est opposé à la déclaration préalable de travaux référencée DP 95306 23 H0252 déposée le 20 décembre 2023 par la société Free Mobile en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile Impasse Lambert Dumesnil - Lieu-dit Sous la Justice.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
11. Aux termes de L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L 421-6 () ". Aux termes de l'article R. 424-13 du même code : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. / Ce certificat mentionne la date d'affichage en mairie ou la date de publication par voie électronique de l'avis de dépôt prévu à l'article R. 423-6. / En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et
L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. ".
12. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs qui pourraient fonder une telle décision. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 que ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.
13. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge suspend l'exécution d'un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
14. Eu égard aux motif énoncés ci-dessus, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 10 janvier 2024 par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile implique nécessairement la délivrance d'une décision provisoire de non-opposition à déclaration préalable. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune d'Herblay-sur-Seine de délivrer à la société Free Mobile, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision provisoire de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 20 décembre 2023 par la société Free Mobile, jusqu'à ce que le Tribunal statue sur la requête au fond. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la commune d'Herblay-sur-Seine doivent, par suite, être rejetées.
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Free Mobile sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté, en date du 10 janvier 2024, par lequel le maire de la commune d'Herblay-sur-Seine s'est opposé à la déclaration préalable de travaux référencée DP 95306 23 H0252 déposé le 20 décembre 2023 par la société Free Mobile en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile Impasse Lambert Dumesnil - Lieu-dit Sous la Justice, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Herblay-sur-Seine de délivrer à la société Free Mobile, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision provisoire de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 20 décembre 2023.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Free Mobile et les conclusions de la commune d'Herblay-sur-Seine présentées sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune d'Herblay-sur-Seine. Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Val-d'Oise.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 7 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
K. Kelfani
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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