Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405190

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. D B C, représenté par Me Diego Rodriguez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2024 le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et transmet les pièces constitutives du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 29 mai 2024 :

- le rapport de M. Dussuet, président du tribunal ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B C, ressortissant péruvien né le 21 juin 1973, est entré sur le territoire français le 25 mars 2018. Le 8 avril 2024, M. B C a été interpellé par les services de police pour des faits de conduite sans permis. Par un arrêté du même jour, dont M. B C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui le fondent. Il est, par suite, suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-078 du 4 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des du même jour, le préfet a donné délégation à Mme A E, adjointe au chef de bureau, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. B C est marié avec quatre enfants à charge, âgés de 6 à 25 ans, ces éléments ne font pas obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français, l'intéressé n'établissant l'existence d'aucune circonstance qui s'opposerait à ce que sa cellule familiale se reconstitue au Pérou. Il ne justifie pas autrement d'une quelconque intensité, pérennité ou stabilité de sa vie privée et familiale, ni n'établit être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où il aurait vécu jusqu'à l'âge de 45 ans. S'il établit être présent en France depuis le 25 mars 2018, en contrat à durée indéterminée depuis 2019, et produit des fiches de paie allant de 2022 à 2024, ces éléments sont insuffisants pour établir une particulière insertion professionnelle et personnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, M. B C n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire, le préfet des Hauts de Seine a porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ne peut être qu'écarté.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, M. B C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées de M. B C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le président du tribunal,

Signé

J-P. DussuetLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.