Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405371

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405371
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. B C A demande au tribunal d'annuler la décision du 26 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 20 décembre 2007 fixant le délai anormalement long pour accéder au logement locatif social ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ". Aux termes de l'article R. 772-6 du même code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Ces dispositions sont précisées par celles de l'article R. 441-14-1 du même code, qui disposent que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. D'une part, la commission de médiation du Vald-d'Oise a rejeté le recours amiable de M. C A au motif qu'il n'avait pas établi faire l'objet d'un jugement d'expulsion en ne produisant que le congé qui lui avait été adressé par son propriétaire, congé au demeurant illégal. Pour contester ce motif, le requérant se borne à produire à nouveau le congé non daté que lui a signifié son propriétaire pour juillet 2024 en vue de vendre le logement et des pièces faisant état de ce que la vente aurait été confiée à une agence immobilière, pièces qui ne permettent manifestement pas d'établir qu'il a fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion de son logement.

5. D'autre part, la commission de médiation a rejeté la demande de M. C A comme irrecevable au motif que, se prévalant du handicap de son épouse, il n'avait produit aucune pièce établissant ce handicap, empêchant la commission de se prononcer en toute connaissance de cause sur ce fondement de priorité. Si M. C A produit des pièces établissant ce handicap dans la présente instance, il n'allègue aucunement les avoir produites lors de la procédure devant la commission de médiation. Son moyen tiré de ce que son logement serait inadapté au handicap de son épouse est donc inopérant, compte tenu du motif que la commission lui a opposé sur ce point. Au demeurant, M. C A conserve la possibilité de présenter un nouveau recours amiable devant la commission de médiation du département du Val-d'Oise en se prévalant de ces pièces nouvelles relatives au handicap de son épouse et à l'inadaptation de son logement à ce handicap.

6. Par ailleurs, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable de M. C A au motif que si l'intéressé était en attente d'un logement social depuis plus de trois ans, il n'établissait pas le caractère inadapté de son logement actuel et donc l'urgence de sa situation. Sans contester que ce logement soit adapté à ses besoins et capacités financières, M. C A se prévaut seulement du congé pour vente de son logement, mentionné au point 4, alors qu'il résulte de l'instruction qu'il occupe avec sa femme et ses deux enfants, dont un majeur, un appartement de 63 m² pour un loyer total de 950 euros, alors qu'il fait lui-même état dans sa demande de logement social de plus de 3 000 euros de revenu mensuel pour son foyer.

7. Enfin, la commission de médiation a également rejeté la demande de M. C A comme irrecevable, en raison des incohérences entre sa demande de logement social, où ne figurait ni son épouse, ni son fils, et son recours amiable, où ces derniers sont mentionnés comme étant à reloger. M. C A ne conteste aucunement ce dernier motif, se bornant à produire sa demande de renouvellement de sa demande de logement social, postérieure à la décision attaquée, où l'incohérence a été corrigée.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C A n'est assortie que de moyens inopérants, de moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par conséquent, en application des dispositions de l'article R. 772-6 du code de justice administrative, le tribunal lui a adressé le 15 avril 2024 un courrier l'invitant à motiver sa requête, accompagné du formulaire dédié fourni par la juridiction administrative destiné à l'assister dans la présentation de sa requête dont elle a accusé réception le 17 avril 2024. Le délai d'un mois imparti à M. C A pour motiver sa requête est venue à expiration sans que ce dernier n'ait produit un nouveau mémoire.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C A doit être rejetée sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A.

Copie sera délivrée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 11 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.