Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405443

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 avril et le 29 mai 2024, M. A, représenté par Me Trugnan-Battikh, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou à lui-même en cas de refus d'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et résulte d'un examen insuffisant de sa situation ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière qui méconnait l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la date de la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas justifiée ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire elle-même illégale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bert-Lazli, substituant Me Trugnan-Battikh, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Un mémoire en défense été présenté par le préfet de police de Paris, qui a été enregistré le 31 mai 2024, postérieurement à la tenue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 17 octobre 1984, a déposé une demande d'asile laquelle a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 mars 2022, notifiée le 11 avril 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 octobre 2022, notifiée le 22 octobre 2022. Suite à un contrôle d'identité réalisé le 2 avril 2024, M. A s'est trouvé dans l'incapacité de justifier de son droit au séjour. Par un arrêté pris le 3 avril 2024, dont l'intéressé sollicite l'annulation, le préfet de police de Paris, se fondant sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, attachée d'administration de l'Etat à la préfecture de police de Paris, laquelle disposait d'une délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué, par un arrêté n°2023-01598 du 28 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs des départements de la Région Ile-de-France. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

6. La décision faisant à M. A obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. A, en énonçant notamment que sa demande d'asile a été définitivement refusée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 mars 2022, notifiée le 11 avril 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 octobre 2022, notifiée le 22 octobre 2022. Elle précise également que l'intéressé n'étant titulaire ni d'un titre de séjour ni d'un document provisoire ou d'une autorisation provisoire de séjour ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Elle mentionne en outre que la mesure prise ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit dont M. A dispose au respect de sa vie privée et familiale et que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté en litige est ainsi suffisamment motivé. Si M. A fait valoir que les éléments de motivation ne permettent pas de déterminer si le préfet de police de Paris l'a informé de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui de l'asile, un tel argument, qui met en cause la régularité de la procédure suivie par l'administration est sans incidence sur la suffisance de la motivation de l'arrêté en litige. De même, en soutenant que le préfet de police de Paris ne s'est pas livré à son propre examen de sa situation en s'en remettant à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, M. A met en cause l'étendue de l'appréciation à laquelle s'est livrée cette autorité, laquelle est sans incidence sur la suffisance de la motivation. Il en est de même de la circonstance que le préfet n'aurait pas procédé à une analyse de sa situation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. A fait valoir que l'examen de sa situation auquel le préfet de police de Paris a procédé est insuffisant faute de mentionner un élément quelconque relatif à sa situation personnelle et notamment ses craintes de persécution en cas de retour au Bangladesh. Néanmoins, il ressort des mentions de la décision en litige que le préfet de police de Paris a pris en compte l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé dont il avait connaissance relatives au traitement de sa demande d'asile, tel qu'il ressort des données extraites de l'application " TelemOfpra " versées à l'instance, ainsi que des informations données par le requérant au cours de son audition par les services de police le 2 avril 2024, également produites. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'examen auquel le préfet de police de Paris se serait livré aurait été insuffisant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Et aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".

9. Le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

10. M. A se borne à alléguer qu'il n'a pas été mis à même de faire connaître de manière utile et effective son point de vue et de fournir des documents relatifs à sa situation personnelle. Toutefois, le préfet de police de Paris a versé à l'instance le procès-verbal de l'audition de l'intéressé par les services de police, le 2 avril 2024, au cours de laquelle il a pu faire état de tous les éléments de sa situation personnelle qu'il souhaitait porter à la connaissance de cette autorité. M. A n'indique pas avoir été en possession d'informations pertinentes supplémentaires qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de la garantie que constitue le droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

12. La circonstance, à la supposer avérée, que l'administration n'aurait pas délivré à M. A l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative aux conditions de délivrance des titres de séjour, pour l'inviter, le cas échéant, à présenter dans le délai fixé par le texte une demande d'admission au séjour sur un fondement autre que celui de l'asile, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, le requérant n'apporte, à l'appui de ce moyen, aucune précision utile permettant de conclure à l'omission de cette mesure d'information, alors même qu'il ne fait état d'aucune démarche tendant à se voir admettre au séjour à un autre titre que l'asile, avant que soit prise la décision contestée relative à son éloignement.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°; () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article R. 532-57 du même code dispose : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

14. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'étranger qui demande l'asile a le droit de se maintenir à ce titre sur le territoire national jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui a été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile, jusqu'à la date de lecture en audience de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de sa notification.

15. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de l'arrêté litigieux et de celles figurant à la fiche dite " TelemOfpra " produite en défense, issue du système d'information mentionné à l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile du requérant a été prise le 16 mars 2022 et notifiée le 11 avril 2022, confirmée par une ordonnance prise par la Cour nationale du droit d'asile rejetant le recours pour irrecevabilité faute d'éléments sérieux, en date du 3 octobre 2022, notifiée le 10 octobre 2022. Il ne ressort d'aucune mention de cette fiche, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le pli comportant cette décision ait été retourné non distribué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 13, soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

16. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "

17. M. A fait valoir que la décision qu'il conteste a méconnu les stipulations précitées dès lors qu'il est présent sur le territoire depuis le 26 octobre 2021 et qu'il travaille dans le domaine de la livraison. Toutefois, la durée de son séjour est très courte et ses assertions quant à l'exercice d'une activité professionnelle ne sont assorties d'aucune pièce justificative. Il ressort, en revanche, du procès-verbal d'audition par les services de police sur sa situation administrative du 2 avril 2024, produit par le préfet de police de Paris, que M. A serait entré sur le territoire en 2021 démuni de tout visa et qu'il s'est déclaré célibataire et sans charge de famille dans le pays. Il a déclaré, par ailleurs, être hébergé par des amis et ne pas connaître leur adresse. Dans ces conditions, M. A ne peut prétendre avoir fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Il suit de là que la décision attaquée n'a pas porté au droit dont l'intéressé dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

18. La décision faisant à M. A obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre celle fixant à trente jours le délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, La décision faisant à M. A obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre celle fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

21. M. A indique craindre de subir des atteintes graves constitutives de traitements inhumains et dégradants en raison des engagements politiques de son frère et d'un conflit foncier qui l'oppose aux membres de la ligue Awami, susceptible de l'exposer à subir un procès inéquitable du fait des dénonciations calomnieuses formées par les membres de ce parti politique à son égard. Néanmoins, l'ensemble de ces allégations excessivement imprécises, ne sont en outre assorties d'aucune pièce justificative susceptible d'en attester de la matérialité. Par ailleurs, la demande d'asile de M. A a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, en date du 16 mars 2022, et de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 3 octobre 2022. Il suit de là que le requérant n'établit pas qu'il serait soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et des dispositions de l'article L. 721- 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Trugnan-Battikh et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.