Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405593
lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Nouel, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 février 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la société pour laquelle elle travaille sous contrat à durée indéterminée depuis le 17 février 2023 indique suspendre son contrat de travail ;
Les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle a été prise en violation du principe du contradictoire, en méconnaissance des dispositions du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle a été prise en violation des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense, ni de pièces.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2405707, enregistrée le 18 avril 2024, par laquelle Mme C épouse B demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 29 avril 2024 à
10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;
- et les observations de Me Nouel, représentant Mme C, présente, qui conclut aux mêmes fins et soutient en coutre que la décision attaquée l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C épouse B, ressortissante mexicaine née le 14 juin 1996 à Monterrey au Mexique, est entrée sur le territoire français le 11 mars 2020 munie d'un visa de type " D " portant la mention " étudiant ". Elle a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " puis d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " valable jusqu'au 12 février 2024. Le 16 décembre 2023, elle a contracté un mariage avec M. B, citoyen français. Le 24 décembre 2023, elle a demandé par le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Le 27 décembre 2023, cette demande a été clôturée au motif que, partenaire d'un PACS avec un ressortissant français, elle relevait d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur la plateforme " démarches simplifiées ". Elle a alors présenté une nouvelle demande de titre de séjour en date du 10 janvier 2024, sur le site " démarches simplifiées ", qui a été classée sans suite au motif qu'elle devait présenter sa demande sur téléservice " administration numérique pour les étrangers en France ". Les 22 et 31 janvier 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français par le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France ", qui a fait l'objet d'une décision de clôture le 21 février 2024 au motif que sa demande ne relève pas de ce téléservice. Par la présente requête, Mme C épouse B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution la décision du 21 février 2024 portant clôture de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Pour justifier de l'urgence, Mme C indique que son contrat de travail conclu dans une période où elle est était autorisée à travailler a été suspendu par société employeur en raison de sa situation au regard du droit au séjour. En outre, en dépit de plusieurs demandes de titre de séjour présentées en qualité de conjoint de français par le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " accompagnées de la justification de la conclusion d'un mariage le 16 décembre 2023 avec un citoyen français, ses demandes ont été clôturées sans que l'administration ne prenne en compte cet acte de mariage. Dans ces conditions, l'urgence exigée par l'article exigée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa ". Aux termes de son article R. 431-3 : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ".
7. Il ressort des dispositions de l'article 1 de l'arrêté du 31 mars 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la définition des catégories de titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice applicables à la date de la demande que les demandes de titre de séjour présentées en qualité de conjoint d'un ressortissant français ou de parent d'un enfant français doivent être présentées au moyen d'un téléservice. Il résulte de l'instruction que la requérante a recouru au téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " pour présenter une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français accompagnée de la justification de la conclusion d'un mariage le 16 décembre 2023 avec un citoyen français qui a été rejetée par une décision du 21 janvier 2024 au motif qu'elle ne relevait pas de la procédure de recours obligatoire au téléservice " administration numérique pour les étrangers en France ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision du 21 janvier 2024 méconnaît l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'annexe 9 à ce code est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 21 janvier 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé le dossier de demande de titre de séjour de Mme C est suspendue jusqu' à la mise à disposition du jugement au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 du code de justice administrative que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
10. Eu égard à ses motifs, la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à Mme C d'une autorisation provisoire de séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme C, soit un récépissé de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour et l' autorisant à travailler, soit une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu' à ce que le tribunal ait statué au fond, dans le délai de 14 jours à compter de la mise à disposition de cette ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
11. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 21 janvier 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé le dossier de demande de titre de séjour de Mme C est suspendue jusqu' à la mise à disposition du jugement au fond
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme C, soit un récépissé de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour et l' autorisant à travailler, soit une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu' à ce que le tribunal ait statué au fond, dans le délai de 14 jours à compter de la mise à disposition de cette ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 600 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B, au préfet des Hauts-de-Seine et ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy, le 29 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Thobaty
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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