Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405748
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405748 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, M. A C B, représenté par Me Sangue, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " et a refusé de lui renouveler son attestation de prolongation d'instruction ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans le délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est placé en situation irrégulière sur le territoire français ; qu'en outre, son contrat de travail a été suspendu en raison de sa situation administrative précaire et qu'enfin, il est désormais démuni de toute autorisation d'exercer une activité professionnelle alors qu'il a obtenu la protection internationale il y a plus de trois ans ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- elle a été prise en violation des dispositions des articles R. 424-9 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en sa qualité de réfugié ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant du refus de renouvellement de l'attestation de prolongation d'instruction :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;
- elle a été prise en violation des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'à sa convocation en date du 11 avril 2024, aucun récépissé ne lui a été délivré alors que son dossier est en cours de traitement par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'a été délivrée à M. B une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail valable du 29 avril 2024 au 28 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2405746, enregistrée le 22 avril 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions contestées.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 6 mai 2024 à 10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;
- et les observations de Me Sangue, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, ressortissant afghan né le 20 août 1997 à Kaboul en Afghanistan, est entré sur le territoire français le 15 mars 2020. Il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 juillet 2020. Il produit au dossier une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 11 avril 2024 qui indique qu'il a présenté une demande de renouvellement d'un titre de séjour le 12 janvier 2024. Du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur sa demande de titre de séjour, est née une décision implicite de rejet. Convoqué auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine pour un rendez-vous en date du 11 avril 2024 en vue du renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, un refus lui a été opposé au guichet. Par la présente requête,
M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " et a refusé de renouveler son attestation de prolongation d'instruction.
Sur le non-lieu à statuer partiel :
2. Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur la requête en raison de la délivrance à M. B d'une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail valable du 29 avril 2024 au 28 juillet 2024. Dans ces conditions, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution d'un refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction et les conclusions en injonction de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction sont sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "
Sur la condition tenant à l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. M. B a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 juillet 2020. Il produit au dossier une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 11 avril 2024 qui indique qu'il a présenté une demande de renouvellement d'un titre de séjour le 12 janvier 2024. Il soutient qu'à l'issue de son rendez-vous en date du 11 avril 2024, afin de renouveler son attestation de prolongation, le préfet a refusé de renouveler son attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sans aucune explication. Le 18 avril 2024, son employeur a suspendu son contrat de travail, le requérant étant dans l'impossibilité de démontrer la régularité de son séjour. Dans ces conditions, l'urgence exigée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est établie.
Sur le doute sérieux quant à la légalité d'un refus implicite de renouvellement d'un titre de séjour :
6. Le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur sa demande de titre de séjour présentée le 12 janvier 2024 a fait naitre une décision implicite de refus de sa demande de renouvellement d'un titre de séjour.
7. En l'état de l'instruction, alors que le préfet n'a présenté aucune observation sur les motifs qui pourrait expliquer qu'une carte de séjour au titre de la protection subsidiaire ne lui ait pas encore été délivrée, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 424-9 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B présentée le 12 janvier 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Aux termes de l'article
L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
10. Le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni décider l'annulation d'une décision administrative ni prononcer une injonction qui, ayant des effets identiques à la mesure d'exécution que devrait prendre l'administration à la suite d'une annulation pour excès de pouvoir, n'aurait pas le caractère d'une mesure provisoire.
11. L'injonction de délivrer à la personne requérante un titre de séjour aurait les mêmes effets que la mesure d'exécution que le préfet serait tenu de prendre en cas d'annulation pour excès de pouvoir du refus illégal de lui accorder un titre de séjour. Il n'appartient, dès lors, pas au juge des référés de prononcer une telle injonction. Par suite, les conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour sont irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 300 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution d'un refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction et les conclusions en injonction de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction sont sans objet.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B présentée le 12 janvier 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 300 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B, au préfet des
Hauts-de-Seine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy, le 7 mai 2024
Le juge des référés,
signé
G. Thobaty
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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