mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHABANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 avril et le 12 juin 2024, M. C, représenté par Me Chabane, avocate désignée d'office, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou à lui-même en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.
M. C soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit faute pour le préfet d'avoir recherché des possibilités de régularisation autres que celles de l'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il sera certainement exposé à des traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de renvoi dans son pays d'origine ;
- il sollicite la protection subsidiaire, dès lors que ses proches ont été arrêtés postérieurement aux décisions de rejet de sa demande d'asile prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et que ces faits fondent sa demande de réexamen en cours d'instruction ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour :
- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il respecte la loi française.
La procédure a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a produit aucunes observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juin 2024 :
- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;
- les observations de Me Chabane, avocate désignée d'office, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le certificat médical établi le 15 mars 2023 qu'il produit corrobore les allégations de mauvais traitements que le requérant a subis dans son pays d'origine.
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sri-lankais né le 21 juillet 1982, entré en France le 27 septembre 2022, a sollicité l'asile le 10 octobre 2022. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 décembre 2022, notifiée le 12 janvier 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 août 2023, notifiée le 21 septembre 2023. La première demande de réexamen de M. C a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 mars 2024, notifiée le 21 mars 2024. Par un arrêté du 3 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, se fondant sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A, chef du bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait d'une délégation du préfet de ce département, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, en vertu d'un arrêté n°2024-08 du 21 février 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 5 avril 2024 doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Et aux termes de l'article L. 613-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
6. La décision faisant à M. C obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet des Hauts-de-Seine mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M.C, en énonçant notamment que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 décembre 2022, notifiée le 12 janvier 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 août 2023, notifiée le 21 septembre 2023, la première demande de réexamen de M. C ayant été également rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 mars 2024, notifiée le 21 mars 2024. L'arrêté précise que M. B est célibataire, sans enfant et n'établit pas être exposé à des peines et traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, circonstances dont il découle que la décision ne méconnait ni l'article 3 ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire, qui mentionne l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation en fait spécifique dès lors que ce délai constitue le délai de principe susceptible d'être accordé. Enfin, la décision faisant au requérant interdiction de retour sur le territoire vise les articles L. 612-8 et 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé est présent depuis le 27 septembre 2022, déclare être célibataire et sans enfant et que ses attaches sur le territoire ne sont pas intenses. Ainsi, les décisions attaquées répondent aux exigences de motivation posées par les articles L. 613-1 et 12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni d'aucune mention de la décision en litige, particulièrement au regard des éléments de motivation énoncés au point précédent du présent jugement, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait procédé à un examen insuffisant de la situation du requérant.
8. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire une obligation pour l'autorité préfectorale de rechercher d'office une possibilité de régularisation d'un étranger ne bénéficiant plus du droit de se maintenir sur le territoire après le rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen de l'erreur de droit doit être écarté comme inopérant.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées est inopérant contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, qui n'implique pas par elle-même fixation d'un pays de destination, et peut seulement être invoqué contre la décision fixant le pays de renvoi. M. C qui a vu sa demande d'asile rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, en date du 29 décembre 2022, et de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 30 août 2023 et sa demande de réexamen, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 4 mars 2024, n'établit pas dans la présente instance qu'il serait soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En effet, les développements denses et confus qu'il consacre à la description des représailles dont il aurait été victime dans son pays d'origine du fait de sa participation à des actions de soutien à la minorité tamoule ne sont assortis d'aucune pièce justificative. S'il produit un certificat médical établi le 15 mars 2023 par un médecin généraliste, ce document se borne à décrire des lésions visibles à l'examen médical sans en déterminer les conditions de survenance. Par ailleurs, les nouveaux éléments que le requérant évoque ne sont assortis d'aucune pièce susceptible d'en justifier de la matérialité. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant son pays d'origine comme pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
12. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'examen de l'un d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
13. La décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 612-8 et L. 612-10 de ce code et les circonstances de fait qui la fonde, notamment la circonstance que M. C est célibataire et sans charge de famille. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet des Hauts-de-Seine de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées alors même que l'intéressé n'aurait fait l'objet d'aucune mesure précédente d'éloignement et qu'il ne troublerait pas l'ordre public. Au regard des conditions du séjour de l'intéressé, la décision de fixer à un an la durée de l'interdiction de retour ne présente pas davantage un caractère disproportionné. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit dont serait entachée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de procédure.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Chabane et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Charlery La greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026