Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405928

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 avril 2024, les 7 et 14 mai 2024,

Mme A B, représentée par Me Cardoso, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du

Val-d'Oise a implicitement refusé le renouvellement de sa carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant l'examen de sa demande de renouvellement de carte de résident sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros de jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est placée, en raison de la décision attaquée, en situation irrégulière sur le territoire français ; qu'en outre, elle ne dispose d'aucune ressource pour élever seule ses cinq enfants et qu'enfin, elle a fait l'objet d'une rupture de ses droits sociaux par la caisse d'allocation familiale, ce qui la place dans une situation d'extrême précarité administrative et économique ainsi que dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale ;

- il existe plusieurs moyens de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et méconnait les dispositions de l'article L.232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ayant sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet auprès de la sous-préfecture d'Argenteuil par un courrier du 24 avril 2024 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle doit se voir renouveler sa carte de résident, de plein droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés le 3 mai 2024 et le 14 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, qu'une carte de résident d'une durée de dix ans a été fabriquée au profit de Mme B mais qu'elle n'a pas pu lui être remise suite à un dysfonctionnement informatique dont la résolution a été demandée à la direction des systèmes d'information et de communication (DSIC) du ministère de l'intérieur et produit, d'autre part, une copie d'un courriel, dont les adresses courriels sont cachées, adressé par la sous-préfecture d'Argenteuil, qui mentionne que la requérante a été convoquée le 14 mai 2024 à 10h00, " pour lui remettre sa carte ".

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405925, enregistrée le 24 avril 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 7 mai 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me Veillat, substituant Me Cardoso, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant ses écritures et en demandant de remplacer, dans ses écritures, l'article L. 443-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par l'article L. 433-2 du même code.

Par une ordonnance du 7 mai 2024, la clôture de l'instruction a été différée au 14 mai 2024 à 14h00, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 20 février 1981 à Tunis en Tunisie, est entrée sur le territoire français le 28 juillet 2003 munie d'un visa long séjour. Elle a bénéficié de plusieurs cartes de résident dont la dernière en date était valable du 17 octobre 2013 au 16 octobre 2023. Par une demande réceptionnée le 18 août 2023 par les services de la préfecture du Val-d'Oise, elle en a sollicité le renouvellement et a obtenu un récépissé de demande de carte de séjour valable du 31 octobre 2023 au 30 janvier 2024. Elle a été convoquée en date du 19 février 2024 à se présenter à la préfecture du Val-d'Oise, le lundi 4 mars 2024, pour la délivrance de son titre de séjour. Aucun titre ne lui ayant été remis, elle a été invitée à demander le renouvellement de son récépissé de demande de carte de séjour. Du silence gardé par l'administration sur sa demande de renouvellement de carte de résident durant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet est née. Par courrier en date du 24 avril 2024, elle a sollicité auprès de la préfecture du Val-d'Oise la communication des motifs de cette décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé le renouvellement de sa carte de résident.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne les conclusions aux fins de délivrance d'une carte de résident :

4. Les conclusions présentées par la requérante, qui ne visent pas au prononcé de mesures provisoires entrant dans l'office du juge du référé statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sont irrecevables. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions tendant, à titre principal, à enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à

Mme B une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros de jour de retard.

En ce qui concerne les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé le renouvellement de la carte de résident de la requérante et d'injonction au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant l'examen de sa demande de renouvellement de carte de résident :

5. Par son mémoire, enregistré le 3 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise produit un courriel de la sous-préfecture d'Argenteuil du 30 avril 2024 qui précise que la carte de résident de la requérante a été éditée dès le 29 décembre 2023 et que cette dernière n'a pu être remise à l'intéressée lors de sa convocation dans les services préfectoraux, le 4 mars 2024, en raison d'un dysfonctionnement informatique qui a donné lieu à une demande d'intervention auprès de la direction des systèmes d'information et de communication (DSIC) du ministère de l'intérieur en précisant, par ailleurs, que la requérante a été convoquée à la sous-préfecture d'Argenteuil, le 14 mai 2024 à 10h00, " pour lui remettre sa carte ". Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet du préfet du Val-d'Oise et d'injonction, qui y sont associées, sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais du litige :

6. Mme B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cardoso, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cardoso de la somme de

1000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet du préfet du Val-d'Oise et d'injonction.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cardoso renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Etat versera à Me Cardoso, avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Cardoso et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 29 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.