Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406051

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406051
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. B C A, représenté par Me Dumont-Soleil, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)d'enjoindre à la sous-préfecture de Sarcelles de lui fixer un rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est dans l'impossibilité matérielle de déposer sa demande de titre de séjour, qu'il est maintenu en situation irrégulière et est donc susceptible d'être visé à tout moment par une mesure d'éloignement et qu'il est privé du droit élémentaire reconnu aux ressortissants étrangers de voir leur demande de titre de séjour examinée et de bénéficier d'un récépissé pendant l'instruction de cette demande ;

-la mesure sollicitée est utile, dès lors que, d'une part, le silence de l'administration face à sa demande n'est pas susceptible de faire naître une décision administrative qui pourrait être contestée par une autre voie de droit et que, d'autre part, il est maintenu abusivement en situation irrégulière et vit, en conséquence, sous la menace constante d'une mesure d'éloignement, alors que l'enregistrement de sa demande de titre de séjour lui permettrait d'obtenir un récépissé de demande de titre de séjour ;

-cette mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, dès lors que le dépôt de sa demande de titre de séjour ne préjuge en rien des suites qui seront données à cette demande par la sous-préfecture ;

-cette mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que le dispositif mis en place par la sous-préfecture de Sarcelles, qui impose à tout étranger qui sollicite son admission au séjour d'obtenir préalablement un rendez-vous par Internet, fait obstacle à ce qu'il ait accès au service de l'accueil des étrangers de la sous-préfecture en vue de l'instruction de son dossier de demande de régularisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er décembre 2023, M. B C A, ressortissant algérien né le 10 mars 1989, qui déclare être entré sur le territoire français en 2018, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la sous-préfecture de Sarcelles (Val-d'Oise), via le site Internet " démarches-simplifiées ". Il fait valoir qu'aucune suite n'a été donnée à cette demande, en dépit de plusieurs courriels de relance. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande de titre de séjour.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction, d'une part, que M. A, qui avait été convoqué le 15 novembre 2023 à la sous-préfecture de Sarcelles à la suite d'une précédente demande de titre de séjour qu'il avait présentée le 5 juin 2023 via le site Internet " démarches-simplifiées ", n'a alors pas été en mesure de présenter un dossier complet, faute de produire une attestation de demande de renouvellement de son passeport. Ainsi, alors que la convocation à ce rendez-vous lui avait été adressée dès le 15 juin 2023, soit cinq mois plus tôt, et qu'il n'a formulé sa première demande de titre de séjour que cinq ans après être entré sur le territoire français, le requérant a, par son comportement, largement contribué à créer la situation d'urgence dont il se prévaut désormais. D'autre part, si M. A justifie être employé depuis le 9 octobre 2023 par la société " Pro Etanchéité " en qualité d'étancheur, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il n'établit, ni même n'allègue, qu'il risquerait de perdre cet emploi, faute de justifier du dépôt d'une demande de titre de séjour. Dès lors, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement un rendez-vous en vue de faire enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 14 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.