Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406066
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée sous le n° 2406066 le 26 avril 2024, M. C A, représenté par Me Skander, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut du respect du principe du contradictoire ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée sous le n° 2406067 le 26 avril 2024, M. C A, représenté par Me Skander, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,
- et les observations de Me Skander représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose à l'oral et fait valoir, en outre, que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'un détournement de procédure dès lors qu'il intervient à l'issue de la convocation de l'intéressé en préfecture dans le cadre d'une enquête pour suspicion de mariage blanc, que le préfet a manqué de loyauté, que la réalité de la vie commune de l'intéressé avec une ressortissante française est établie, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et ne prend pas en compte sa situation, que l'arrêté portant assignation à résidence est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2406066 et n° 2406067, présentées pour M. A, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. C A, ressortissant algérien né le 7 mars 1979, serait entré en France le 5 décembre 2019 selon ses déclarations. A la suite de son interpellation par les services de police, le préfet du Val-d'Oise, par un arrêté du 25 avril 2024, a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, ce même préfet a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés du 25 avril 2024.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux arrêtés attaquées :
3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par Mme B, cheffe de la section éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, laquelle bénéficiait, en vertu de l'article 8 de l'arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou non fixation d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et les décisions portant assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas soutenu que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. La décision contestée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment son article L. 611-1 ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les motifs justifiant l'application d'une mesure d'éloignement tirés de ce que M. A entrait dans le cas visé par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait également état de la situation personnelle de l'intéressé. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision contestée, que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre à son encontre la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des mentions de la décision attaquée que l'irrégularité du séjour de M. A en France a été constatée au cours d'un contrôle d'identité dont il a fait l'objet le 24 avril 2024 par les services de police de Gonesse, à la suite duquel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français. Si M. A soutient que son interpellation a été réalisée dans le cadre d'une enquête pour suspicion de mariage blanc, les conditions de son interpellation par les services de police, qui sont sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français, ne sont pas de nature à caractériser un détournement de procédure ni un manque de loyauté du préfet.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. A soutient qu'il a un projet de mariage avec une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations de l'intéressé lors de son audition par les services de police que cette relation, qui a débuté le 1er novembre 2023, présente un caractère très récent à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, M. A, qui indique être arrivé en France en décembre 2019, ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en France en se prévalant réaliser quelques travaux de jardinage ou de petit bricolage. Il n'établit pas ni même n'allègue être isolé dans son pays d'origine où réside au moins l'un de ses frères et où il a vécu jusqu'à au moins l'âge de quarante ans. Dans ces conditions, la décision obligeant l'intéressé à quitter sans délai le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
11. La décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu'une interdiction soit faite au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an tiré de ce qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis la fin de validité de son visa, qu'il vit en concubinage sans en justifier et est sans charge de famille et qu'il ne justifie pas de circonstances particulières. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Cette motivation révèle que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de lui interdire de retourner sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.
En ce qui concerne les moyens propres à l'arrêté portant assignation à résidence :
12. En premier lieu, l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 731-1 ainsi que les stipulations conventionnelles dont il fait application et notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que l'intéressé fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Enfin, il précise que l'intéressé est assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours et qu'il devra se présenter tous les jeudis au commissariat de police de Gonesse. Ainsi, l'arrêté contesté, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.
13. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté contesté, que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de l'assigner à résidence. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
14. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, lors de son audition par les services de police, le 24 avril 2024, a été en mesure de présenter toutes observations utiles sur sa situation personnelle et familiale qui ont pu être prises en compte par le préfet avant l'édiction de l'arrêté contesté. Par suite le moyen tiré du défaut de contradictoire doit être écarté.
15. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence, doit être écarté.
16. En cinquième lieu, il n'est pas établi que l'arrêté assignant le requérant à résidence serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de ce dernier.
17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet du Val-d'Oise du 25 avril 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
S. Ouillon
La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2406066, 2406067
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026