Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406080

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2024, M. B C, représenté par Me Berbagui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de produire toute preuve qu'il aurait été jugé pour les faits qui fondent l'arrêté contesté par une juridiction répressive.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de base légale ;

- il est illégal en ce qu'il n'a été précédé de l'examen de l'opportunité pour le requérant d'obtenir un titre de séjour, sur le fondement de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- il est illégal en ce qu'il ne représente aucunement une menace pour l'ordre public ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête et communique les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 juin 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né le 19 juin 1999, déclare être entré en France à la fin de l'année 2019. Interpellé le 23 avril 2024 par les services de police, pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, l'intéressé a fait l'objet le lendemain d'un arrêté par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté du 24 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-Pref-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète de l'Essonne a donné à Mme A F, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation pour signer notamment l'arrêté litigieux en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur de l'immigration et de l'intégration. Il n'est, en l'espèce, ni établi, ni même allégué que M. D n'aurait, à la date de l'arrêté attaqué, pas été absent ou empêché. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre la décision contestée. Le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Et aux termes de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ()".

6. D'une part, si M. C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale dès lors que ce dernier n'a pas été précédé de l'examen de l'opportunité pour le requérant d'obtenir un titre de séjour, sur le fondement de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, la préfète de l'Essonne, qui, pour prendre l'arrêté contesté, s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, n'a pas entaché sa décision d'un défaut de base légale.

7. D'autre part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète de l'Essonne a bien vérifié la situation de l'intéressé au regard d'une éventuelle attribution de plein droit d'un titre de séjour avant de prendre l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur de droit en raison de l'absence d'examen de son droit au séjour doit être écarté.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est illégal, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, doit être écarté dès lors que la préfète de l'Essonne ne s'est pas fondée sur cette circonstance pour prendre l'arrêté attaqué.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. En l'espèce, si M. C soutient que l'arrêté attaqué porte atteinte à sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, et qu'il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et dès lors en outre qu'il ne justifie d'aucune intégration particulière en France depuis son entrée récente sur le territoire, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant seulement à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 24 avril 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. E La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.