Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406247

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406247
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, Mme A B C représentée par Me Dufaud, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son agrément en qualité d'assistante maternelle ;

2°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision querellée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation, que si elle continue de garder les enfants qui lui ont été confiés elle n'est plus assistante maternelle mais auxiliaire parentale, ce statut ne lui permettant pas d'être couverte par les assurances professionnelles qu'elle a contractées en cas d'accident, et sous ce statut, elle ne peut plus travailler qu'avec deux familles et n'a plus la possibilité de garder des enfants chez elles ou de trois familles différentes étant contrainte de limiter sa garde à deux enfants en journée, et ne peut plus assurer les gardes périscolaires une fois les enfants partis et, par ailleurs, le non renouvellement de son agrément la prive, ainsi que son foyer, d'une part substantielle de ses revenus ;

- il existe des éléments de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405304, enregistrée le 9 avril 2024, par laquelle Mme A B C demande l'annulation de la décision en cause.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B C est titulaire d'un agrément d'assistante maternelle depuis 2015. Son agrément, lui permettant d'accueillir simultanément trois enfants, a été renouvelé du 10 mars 2019 jusqu'au 9 mars 2024. Par une décision, en date du 19 janvier 2024, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a décidé de suspendre son agrément d'assistante maternelle pour une durée maximum de quatre mois, à compter du 19 janvier 2024. Par une décision du 21 février 2024, le président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler l'agrément de l'intéressée en qualité d'assistante maternelle. Par la présente requête, Mme B C demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental des

Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son agrément en qualité d'assistante maternelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour caractériser l'urgence, Mme A B C fait valoir que l'absence de renouvellement de son agrément en qualité d'assistante maternelle par le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine la prive, ainsi que son foyer, d'une part substantielle de ses revenus ne lui permet plus de faire face à ses charges courantes. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante, qui n'est pas dépourvue d'activité professionnelle et ne produit pas les documents utiles permettant d'établir la situation financière réelle et globale du foyer, n'établit pas que la décision en litige porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. En conséquence, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

5. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter la requête de Mme B C en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, en application des dispositions précitées de l'article L.522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B C.

Copie en sera adressée au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 29 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.