Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406254

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406254
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024 sous le n° 2406254, M. C A, représenté par Me Lerein, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre, à l'enregistrement de la demande de titre de séjour un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est maintenu en situation irrégulière, donc précaire en raison de cette attente, alors qu'il essaie de prendre rendez-vous, en vain, depuis le 26 mai 2023 ;

- la mesure demandée est utile, dès lors qu'il n'existe pas d'autres voies pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et qu'il est conséquence privé de la possibilité d'être régularisé ;

- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

II. Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024 sous le n° 2406255, Mme B A née A, représentée par Me Lerein, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre, à l'enregistrement de la demande de titre de séjour un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est maintenue en situation irrégulière, donc précaire en raison de cette attente, alors qu'elle essaie de prendre rendez-vous, en vain, depuis le 26 mai 2023 ;

- la mesure demandée est utile, dès lors qu'il n'existe pas d'autres voies pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et qu'elle est conséquence privée de la possibilité d'être régularisée ;

- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants tunisiens, nés respectivement le 24 janvier 1976 et le 17 novembre 1976, déclarent être entrés en France, pour la dernière fois, le 5 août 2018 munis d'un visa de court- séjour avec leurs deux enfants nés en 2009 et 2013. Le 26 mai 2023, ils ont adressé à la préfecture des Hauts-de-Seine une demande de rendez-vous en vue de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le 27 septembre 2023, ils ont formé à nouveau cette demande de rendez-vous sur la plateforme " démarches simplifiées " compte tenu de la nouvelle procédure mise en place à la préfecture des Hauts-de-Seine. Toutefois, il n'a pas été fait droit à leurs demandes, en dépit de relances intervenues en juillet 2023 et avril 2024. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de les convoquer à un rendez-vous pour enregistrer leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour et leur remettre un récépissé les autorisant à travailler.

2. Les requêtes n° 2406254 et 2406255 ont été introduites ont le même objet et ont été introduites par des requérants mariés. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par une même requête.

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".

4. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

5. Pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à enjoindre au préfet des

Hauts-de-Seine de leur fixer un rendez-vous pour leur permettre de déposer leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour, M. et Mme A se bornent à faire valoir qu'ils résident habituellement sur le territoire français depuis 2018, qu'ils y ont de la famille, que leurs enfants y sont scolarisés et intégrés, qu'ils y travaillent tous deux et que l'inertie de la préfecture les maintient en situation précaire, les privant d'une possibilité de régularisation. Toutefois, ces motifs sont insuffisants à établir que M. et Mme A, qui résidaient irrégulièrement en France depuis cinq ans à la date de dépôt de leur première demande, justifieraient d'une circonstance particulière caractérisant une situation d'urgence nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à très bref délai, au regard de la durée et des conditions de leur séjour en France, de la date et du fondement de leur demande de titre de séjour et de leur situation personnelle. Ainsi, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé des mesures sollicitées par M. et Mme A ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme A, présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, doivent être rejetées sur le fondement des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes n° 2406254 et 2406255 sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à Mme B A née A.

Fait à Cergy, le 13 mai 2024.

La juge des référés,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2406254 et 2406255