Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406267
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mai 2024, Mme B A, représentée par Me Garderes, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le chef de service des modes d'accueil petite enfance du département des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de son agrément d'assistante maternelle ;
2°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée a pour effet de la priver de tout revenu et qu'elle se retrouve sans ressources personnelles pour subvenir à ses besoins et ceux de son fils, étudiant, vivant à son domicile ; qu'en outre, elle est redevable d'une dette envers son précédent compagnon et qu'elle paie une indemnité d'occupation de 1 100 euros au bénéfice de ce dernier et qu'enfin, elle a signé, le 3 mai 2024, une promesse de vente pour le rachat de ses parts dans la maison qu'elle occupe ;
- il existe plusieurs moyens de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut du respect du principe du contradictoire dès lors que ni le rapport, ni le questionnaire d'évaluation ne lui a été laissé en double d'une part et d'autre part, qu'elle n'a pas pu réagir aux consignations effectuées par la puéricultrice ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que les griefs qui lui sont reprochés sont infondés en fait comme en droit ; qu'en outre, l'ensemble des parents, au regard de leurs témoignages, ont reconnu ses très grandes capacités professionnelles et qu'enfin, les griefs reprochés lui ont été adressés abusivement, sans justifications objectives ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée par rapport à la gravité des faits qui lui sont reprochés.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en raison d'un défaut de requête au fond et en l'absence d'urgence et de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2406510, enregistrée le 1er mai 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 mai 2024 à 14 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
Mme Bouayyadi, greffière d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;
- et les observations de Me Garderes, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est titulaire d'un agrément d'assistante maternelle depuis le 16 mai 2011. A la suite d'un contrôle réalisé le 23 novembre 2023, le département des Hauts-de-Seine a adressé à Mme A une mise en demeure en date du 29 novembre 2023 lui sommant de sécuriser son logement et de disposer du matériel adapté à l'âge et au développement psychomoteur des enfants accueillis. Par courrier en date du 13 mars 2024, le département des Hauts-de-Seine a informé Mme A de sa convocation devant la commission consultative paritaire départementale (CCPD) le 3 avril en vue du retrait éventuel de son agrément. Le 26 mars 2024, par courrier, Mme A a contesté les griefs qui lui étaient reprochés. Par une décision en date du 10 avril 2024, notifiée le 12 avril 2024, le département des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de son agrément d'assistante maternelle à effet au 3 mai 2024. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la requérante, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée procède à un retrait de l'agrément d'assistance maternelle de l'intéressée, alors que Mme A exerce cette profession à plein temps. Dès lors que l'exécution de cette décision aurait pour conséquence de la priver de l'exercice de sa profession et de ses revenus d'activité, la condition d'urgence doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme satisfaite
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de la première phrase du troisième alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait ". Aux termes de l'article R. 421-23 : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. / Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. / La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste ".
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le conseil départemental des Hauts-de-Seine a commis une erreur dans l'appréciation des conditions d'accueil au regard de la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs au sens des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a retiré l'agrément d'assistante maternelle de Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du conseil départemental des Hauts-de-Seine la somme de 700 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par Mme A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a retiré l'agrément d'assistante maternelle de Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Le conseil départemental des Hauts-de-Seine versera à Mme A la somme de 700 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au département des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 22 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Thobaty
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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