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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2406328

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406328

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406328
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, et des pièces enregistrées le 14 novembre 2024, Mme C A, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 28 novembre 2023, qu'elle était redevable d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 13 296,06 euros ;

2°) d'annuler la décision par laquelle il a été procédé au recouvrement de cet indu de RSA sans notification régulière au sens de R. 262-92-1 du code de l'action sociale et des familles ;

3°) de la décharger du paiement de cette somme ;

4°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui rembourser les montants recouvrés en vue du remboursement de la dette et de rétablir le versement du RSA à son bénéfice à compter du mois de septembre 2023, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision ;

5°) de mettre à la charge du département et de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine la somme de 1 300 euros chacun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CAF des Hauts-de-Seine a produit des pièces qui ont été enregistrées le 15 novembre 2024.

Vu :

- la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : ()/ 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'indu de RSA :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

3. Dès lors que Mme A attaque une décision implicite par laquelle le département a confirmé l'indu de RSA mis à sa charge, elle ne peut utilement se prévaloir d'un défaut de motivation de cette décision, alors même qu'elle n'établit, ni même n'allègue, avoir sollicité communication des motifs de la décision en application des dispositions précitées. Par suite, son moyen tiré du défaut de motivation est inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ".

5. Mme A a produit à l'appui de sa requête la décision du 6 octobre 2023 par laquelle la CAF l'informait de l'indu mis à sa charge, ainsi que des motifs de ce dernier, en l'espèce la prise en compte tardive de son mariage célébré le 22 novembre 2021 et de ressources non-déclarées figurant sur relevés bancaires. En outre, il est constant que Mme A a exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qui lui a permis de faire valoir ses observations, alors que, comme il a été dit, le courrier du 6 octobre 2023 lui exposait avec précisions les motifs pour lesquels la CAF avait revu ses droits au RSA pour la période litigieuse. Dès lors, si Mme A soutient que son dossier allocataire complet ne lui a pas été communiqué comme elle en avait fait la demande dans son recours préalable, cette seule circonstance n'est manifestement pas de nature à établir que le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu, dès lors que cette absence de communication ne l'a pas privée de la possibilité de faire valoir utilement des observations. Le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure est donc manifestement infondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. "

7. La convention de gestion du RSA conclue entre le conseil départemental des Hauts-de-Seine et la CAF de ce département exclut de recueillir l'avis de la commission de recours amiable pour les recours administratifs dirigés contre les décisions relatives au revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles du fait de l'absence de saisine de cette commission et d'avis rendu dans des conditions régulières, est inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

9. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

10. Mme A soutient qu'elle n'aurait pas été informée de la mise en œuvre par la CAF des Hauts-de-Seine du droit de communication prévu par les dispositions précitées. Toutefois et comme il a été dit précédemment, il ressort des termes mêmes de la requête de Mme A que l'indu mis à sa charge résulte de la prise en compte, d'une part, de son mariage intervenu en 2021 et, d'autre part, de ressources non déclarées figurant sur ses relevés bancaires. Dès lors et à supposer même que Mme A n'ait pas été informé de l'origine des renseignements obtenus par la caisse via l'exercice de son droit de communication, elle n'a manifestement pas été privée, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine de ces renseignements, de la garantie instituée par l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale dès lors qu'elle avait nécessairement connaissance de ces renseignement, compte tenu de leur teneur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale est manifestement infondé.

5. En cinquième lieu, selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents des caisses d'allocations familiales exerçant une mission de contrôle sont définies par un arrêté du ministre de la santé et de la protection sociale et du ministre de la famille et de l'enfance du 30 juillet 2004, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale en ce qui concerne les conditions d'assermentation.

6. Il ressort des pièces produites en défense que Mme D B, agent de la caisse d'allocations familiales ayant procédé au contrôle de situation de la requérante et dont les nom et prénom sont apposés en fin du rapport d'enquête du 14 septembre 2023, a prêté serment le 25 février 1998 et a été agréée le 7 juin 2006. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle de la situation de la requérante. Le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle résultant du défaut d'assermentation et d'agrément de l'agent de la caisse d'allocations familiales est donc manifestement infondé.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

8. Au cas particulier, il ressort termes de la décision par laquelle l'indu de RSA a été mis à la charge de Mme A que ce dernier résultait de la prise en compte tardive, d'une part, de son mariage intervenu en novembre 2021 et, d'autre part, de ressources identifiées sur ses relevés bancaires et non déclarées par l'intéressée à la CAF. Pour contester ce motif, Mme A se borne à soutenir que ce motif manquerait de précision, sans produire au demeurant aucune pièce à l'appui de sa contestation autre que les décisions de la CAF et une copie de son recours préalable. Dès lors, Mme A, qui est représentée par un avocat, doit être regardée comme n'apportant manifestement pas les précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de Mme A contre la décision mettant à sa charge un indu de RSA à l'appui desquelles elle ne présente que des moyens de légalité externe manifestement non fondés, des moyens inopérants, des moyens qui ne sont manifestement pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé ou de moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien, ne peuvent qu'être rejetées sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et de décharge.

En ce qui concerne la décision procédant à des retenues :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser ".

11. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision de la CAF des Hauts-de-Seine par laquelle il a été procédé au recouvrement de l'indu de RSA mis à sa charge par retenues sur ses prestations. Toutefois et même après avoir été invitée par le tribunal à régulariser sa requête sur ce point le 14 novembre 2024, Mme A n'a produit aucune pièce révélant une décision de la CAF des Hauts-de-Seine en ce sens. Dès lors, ses conclusions d'annulation, qui sont entachées d'une irrecevabilité manifeste, ne peuvent qu'être rejetées en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

12. La présente ordonnance rejetant l'ensemble des conclusions présentées par Mme A, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne pourront, par voie de conséquence, qu'être rejetées sur le fondement du 5° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Moutoussamy et au département des Hauts-de-Seine.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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