Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406369
mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406369 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, Mme A B, représentée par
Me Villanove, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'accélérer le traitement de sa demande de changement de statut et, le cas échéant, de lui délivrer son titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que n'ayant aucune indication sur l'état d'avancement de sa demande de changement de statut, elle se trouve dans une situation précaire au regard de sa profession d'avocat en raison du risque de voir son contrat de collaboration rompu par son employeur ; qu'en outre, elle ne peut voyager librement pour rendre visite à sa famille résidant au Maroc et qu'enfin, cette situation porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle a déposé un dossier complet, d'une part, et d'autre part, qu'elle lui permettra de séjourner et de poursuivre son activité de manière pérenne ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 28 avril 1979 à Tanger au Maroc, est entrée sur le territoire français le 29 septembre 2002 munie d'un visa étudiant. A l'expiration de son dernier titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", le 17 novembre 2022, Mme B s'est vue délivrer une autorisation provisoire de séjour. En 2022, elle a déposé une demande de changement de statut auprès de la sous-préfecture de Boulogne-Billancourt en vue d'obtenir un titre de séjour portant la mention " profession libérale ". Elle a obtenu plusieurs récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier en date est valable du 27 février 2024 au 26 mai 2024. Mme B a, par plusieurs courriels et sans succès, demandé à la sous-préfecture de Boulogne-Billancourt des informations sur l'état d'avancement de sa demande de changement de statut. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'accélérer le traitement de sa demande de changement de statut et, le cas échéant, de lui délivrer un titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle qui refuse la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Si, en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut ordonner toute mesure utile lorsque l'urgence le justifie, il ne saurait, sans méconnaître l'article L. 511-1 du même code et excéder sa compétence, prononcer une mesure définitive.
5. Pour justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité de bénéficier de la mesure d'injonction qu'elle demande, Mme B fait valoir qu'elle a déposé un dossier complet et que sans informations sur l'état d'avancement de sa demande et sans titre de séjour, elle se trouve dans une situation précaire au regard de sa profession d'avocat dès lors qu'elle risque de voir son contrat de collaboration rompu par son employeur et d'être empêchée de poursuivre son activité de manière pérenne. En outre, elle soutient qu'elle ne peut voyager librement pour rendre visite à sa famille résidant au Maroc et, enfin, que cette situation porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, Mme B est en situation régulière dès lors que son récépissé de demande de carte de séjour est valable jusqu'au 26 mai 2024. Par ailleurs, l'intéressée demande au juge des référés d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'accélérer le traitement de sa demande de changement de statut et, le cas échéant, de lui délivrer son titre de séjour, lesquelles sont des conclusions qui visent à obtenir une mesure définitive.
6. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'accélérer le traitement de sa demande de changement de statut et, le cas échéant, de lui délivrer son titre de séjour, sont manifestement irrecevables. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de Mme B, en toutes ses conclusions, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 21 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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