Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406372

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 2 et 14 mai 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Charles, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du préfet du Val d'Oise du 4 décembre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, qu'en outre, ses enfants et son père sont en situation régulière sur le territoire français, qu'enfin, en l'absence de titre de séjour, elle ne peut honorer sa promesse d'embauche, la plaçant dans une situation de précarité ;

- plusieurs moyens sont de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- en ce qui concerne la décision portant rejet de la demande de titre de séjour : elle est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, de l'article 6-5 de de l'accord franco-algérien et au regard du pouvoir d'appréciation sur l'admission exceptionnel au séjour du préfet ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de droit ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi : elle est insuffisamment motivée ;

- en ce qui concerne les décisions portant rejet de la demande de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation, dès lors qu'il n'est pas fait mention de ses trois enfants, de sa situation professionnelle ainsi que de son ancienneté sur le territoire français ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2024.

Vu :

- la requête n°2404973 enregistrée le 5 avril 2024, par laquelle Mme C épouse B demande l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 17 mai 2024 à 9 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés, qui a informé les parties, en application des dispositions des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont irrecevables dès lors que le recours en annulation formé à leur encontre a déjà entraîné cet effet suspensif en application des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de Me Charles, représentant Mme C épouse B, requérante, présente, qui retire ses conclusions tendant aux fins de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, en précisant ses écritures.

La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré, enregistrée le 17 mai 2024, a été produite pour Mme C épouse B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante algérienne née le 14 juillet 1976 à Iflissen en Algérie, est entrée sur le territoire français en 2019, munie d'un visa C, avec ses enfants. A compter du 30 septembre 2019, elle a été mise en possession d'autorisations provisoires de séjour en qualité de parent d'enfant malade, jusqu'au 30 avril 2023. Le 27 juin 2023, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 4 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme C épouse B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions en date du 4 décembre 2023, prises par le préfet du Val-d'Oise, portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

2. L'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit.

4. Le dépôt de la requête de Mme C épouse B enregistrée sous le n°2404973 le 5 avril 2024, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 décembre 2023 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence et, par ailleurs, la décision fixant le pays de destination. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions ne sont pas recevables.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme C épouse B, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 4 décembre 2023 laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions de Mme C épouse B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B, à Me Charles et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 29 mai 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.