Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406419
mercredi 8 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 mai 2024 et 5 mai 2024, M. B A, représenté par Me Magdelaine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui restituer son passeport dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de modifier les modalités de l'assignation à résidence afin qu'il puisse poursuivre sa scolarité et son activité professionnelle dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 2 mai 2024 portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
S'agissant de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation ne relève pas de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les articles L. 432-3 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait les articles L. 432-12 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté du 2 mai 2024 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :
- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il méconnait les articles L. 730-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robert, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'incompétence de la formation de jugement pour connaître des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024 en tant qu'il porte refus de renouvellement du titre de séjour ;
- les observations de Me Thominette, substituant Me Magdelaine, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de M. A ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 1er janvier 1974, déclare être entré en France le 1er janvier 1992. Suite à son mariage avec une ressortissante française en octobre 2008, l'intéressé s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien d'un an valable du 2 juillet 2009 au 1er juillet 2010, puis un certificat de résidence algérien de dix ans valable du 2 juillet 2010 au 1er juillet 2020. Le 18 février 2022, l'intéressé a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Par un premier arrêté du 2 mai 2024, le préfet des
Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un second arrêté du 2 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ".Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / (), lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".
3. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et assignant le requérant à résidence. En revanche, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour, à fin d'injonction à la délivrance ou au réexamen, qui sont l'accessoire d'une demande d'annulation de la décision de refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif.
4. En application de ces dispositions, il y a lieu de renvoyer devant la formation collégiale du tribunal administratif les conclusions de M. A dirigées contre le refus de renouvellement de son certificat de résidence algérien de dix ans. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais liés au litige. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et assignation à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelable deux fois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. D'une part, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne subordonne pas la première délivrance et le renouvellement d'un certificat de résidence algérien à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord ne privent toutefois pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
6. D'autre part, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 432-12 du même code : " L'article L. 611-1 n'est pas applicable lorsque l'étranger titulaire d'une carte de résident se voit : / 1° Refuser le renouvellement de sa carte de résident en application du 1° de l'article L. 432-3 ; () ". Aux termes de l'article L. 432-3 du même code : " () / Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : / 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public ; / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A était titulaire d'un certificat de résidence algérien de 10 ans valable du 2 juillet 2010 au 1er juillet 2020. Si la décision de refus de renouvellement de ce titre de séjour se fonde, à tort, sur les dispositions de l'article
L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent la première délivrance d'une carte de résident, il résulte de l'instruction que le préfet des
Hauts-de-Seine aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 432-3 du même code, qui concernent le renouvellement d'une carte de résident. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 432-12 du même code faisaient alors obstacle à ce que le préfet des Hauts-de-Seine édicte une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 432-12 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans qui en constituent l'accessoire.
9. Par voie de conséquence, il y a également lieu d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence de M. A dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 2 mai 2024 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, ainsi que celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Les décisions du 2 mai 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, sont annulées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
D. Robert La greffière,
Signé
O. El-Moctar
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24064192
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