Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406502

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Harir, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°)d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine :

- de prendre toutes les mesures à la " remise informatique " de son précédent titre de séjour ;

- de prendre toutes les mesures nécessaires à l'enregistrement et l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " visiteur " ;

- de prendre toutes les mesures nécessaires à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

- de procéder à la " remise informatique " de son précédent titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- de lui fixer un rendez-vous afin de procéder à l'enregistrement et à l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " visiteur ", dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence devrait être présumée remplie, dès lors qu'elle sollicite le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " visiteur " qui expire le 15 juin 2024 ; le déblocage de sa situation est urgent dès lors qu'elle risque d'être condamnée à une amende du fait du dépôt tardif de sa demande ; l'impossibilité de demander le renouvellement de son titre de séjour constitue une atteinte grave et immédiate à sa situation ; elle porte atteinte à son droit de mener une vie familiale normale, à sa liberté d'aller et venir et l'expose à un risque d'éloignement, alors qu'elle remplit toute les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour ;

-la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle tente, en vain, depuis plusieurs mois de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, ce qui est impossible du fait de l'absence de remise informatique de son titre par la sous-préfecture d'Antony qui entraine la méconnaissance par la Direction générale des étrangers en France de l'existence de ce titre de séjour et un blocage du site de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) qu'elle ne parvient pas à résoudre malgré ses courriels répétés à ces administrations ;

-la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Le préfet des Hauts-de-Seine a produit une pièce enregistrée le 23 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fléjou, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante soudanaise née le 30 décembre 1949, est entrée en France le 8 mars 2022 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " visiteur ". Elle a ensuite été mise en possession d'une carte de séjour temporaire portant la même mention, valable jusqu'au 15 juin 2024. Elle soutient qu'elle tente, en vain, de déposer une demande de renouvellement de ce titre depuis le mois de février 2024. Par la présente requête, Mme A demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toutes les mesures lui permettant de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et d'obtenir un récépissé et de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer et d'instruire cette demande et de lui remettre ce récépissé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Mme A, dont le titre de séjour va expirer le 15 juin 2024, établit par la production de captures d'écran du site Internet de l'ANEF et d'échanges de courriels avec le service d'assistance de cette plateforme ainsi qu'avec la préfecture des Hauts-de-Seine, ne pas être parvenue à déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine. Elle verse en particulier plusieurs courriels des mois de février et mars, dans lesquels l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) l'informe ne pouvoir débloquer son compte ANEF du fait de l'absence de " remise informatique " de son précédent titre de séjour par la préfecture, qui, quant à elle, lui indique avoir effectué cette remise et la renvoie vers les services de l'ANEF pour résoudre cette difficulté informatique. La requérante soutient que ce blocage l'expose au risque d'engager des frais supplémentaires, de se trouver en séjour irrégulier et de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, la plaçant ainsi dans une situation de précarité. Par ailleurs, l'intéressée, âgée de 74 ans, indique sans être contredite qu'elle remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " visiteur " dès lors qu'elle est entièrement prise en charge par sa fille et son gendre, ressortissants italiens en séjour régulier en France. En l'espèce, aucun élément du dossier ne vient infirmer la présomption d'urgence qui s'attache à la demande de Mme A, le préfet n'ayant pas produit d'écritures en défense. La condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par celle-ci doit ainsi être regardée comme remplie, de même que la condition d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour en France de la requérante, à la date de sa demande de renouvellement de titre de séjour et à sa situation personnelle et familiale.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, dans le délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de débloquer la situation de Mme A, au besoin en lui fixant un rendez-vous sur place. Il n'y a pas lieu en revanche de lui enjoindre de délivrer à la requérante un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de débloquer la situation de

Mme A, au besoin en lui fixant un rendez-vous sur place dans le délai de vingt-et-un jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'État versera à Mme A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 10 juin 2024.

La juge des référés,

Signé

V. Fléjou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406502