Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406558

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406558
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. B A, représenté par Me Grégoire, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 3 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et perd son droit au travail ainsi que l'ensemble de ses droits sociaux ;

- il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée tenant à la méconnaissance les dispositions des articles L. 431-1, L. 431-3, L. 431-12 et L. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il demande le renouvellement de son titre de séjour, que sa demande est en attente ou en cours d'instruction et que devrait lui être remis un récépissé de demande de carte de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2406512, enregistrée le 6 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 12 octobre 1956 à Moyoundzi en République Démocratique du Congo, a été titulaire d'une carte de résident valable du 10 février 2014 au 9 février 2024, laquelle a été prorogée d'une durée de trois mois. Il a sollicité par courriels, restés sans réponse, en date des 6 novembre 2023 et 12 janvier 2024, un rendez-vous pour procéder au renouvellement de son titre de séjour. Par voie postale, il a déposé son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour auprès de la sous-préfecture d'Argenteuil. Par un courriel en date du 2 février 2024, la sous-préfecture d'Argenteuil a confirmé la réception de son dossier et a indiqué que sa demande était en attente d'instruction. Par un courriel, en date du 16 avril 2024, M. A a mis en demeure la sous-préfecture d'Argenteuil de lui transmettre un récépissé de demande de carte de séjour, avant le 3 mai 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 3 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 de celui-ci : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour a le droit, s'il a été admis à déposer un dossier de demande et s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dès cet instant, un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour. Seuls l'incomplétude du dossier ou le caractère abusif ou dilatoire de la demande peuvent ainsi légalement justifier un refus d'enregistrement d'un dossier de demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.

5. Aucune disposition législative ou réglementaire, notamment pas les articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun principe général ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.

6. M. A soutient que le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant ne fait état d'aucun élément de nature à établir que sa demande de renouvellement de titre de séjour aurait été enregistrée de sorte qu'aurait dû, en principe, lui être délivré un récépissé. Par ailleurs, l'existence d'une telle décision ne saurait être révélée par la circonstance selon laquelle la sous-préfecture d'Argenteuil a confirmé avoir réceptionné sa demande de renouvellement de titre de séjour par un courriel en date du 2 février 2024. Dans ces conditions, et sans préjudice de la possibilité pour l'intéressé, s'il s'y croit fondé, de saisir le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de conclusions tendant au prononcé d'une injonction au préfet de lui communiquer une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, les conclusions à fin de suspension présentées par M. A sont manifestement irrecevables.

7. Il résulte de tout ce qui précède, qu'il y a lieu, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête présentée par M. A en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 23 mai 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.