Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406648

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406648
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2024, M. A B, représenté par Me Desouches, demande au juge au juge des référés statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 20 novembre 2023, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou, à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, dans l'attente du jugement au fond ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les ordonnances de référé n'étant pas revêtues de l'autorité de la chose jugée il peut à nouveau solliciter la suspension de la décision attaquée ;

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que M. B était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " qui était valable jusqu'au 19 mars 2023, qu'il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il n'est pas autorisé à travailler alors qu'il a reçu de nombreuses offres d'emploi ; il ajoute qu'il n'a pas contribué à la situation d'urgence dans laquelle il se trouve ;

- les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'erreurs de droit, en ce que le préfet a exigé à tort la production d'un diplôme obtenu dans l'année et qu'il n'a donné aucun délai pour le lui fournir ;

* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête n°2402611, enregistrée le 23 février 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 15 novembre 1997, qui était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 20 mars 2021 au 19 mars 2023, a sollicité sur le site " démarches-simplifiées ", le 10 juillet 2023, un changement de statut au profit d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le 20 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine lui a communiqué une décision de classement sans suite de sa demande. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. B fait valoir qu'il était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " qui était valable jusqu'au 19 mars 2023 dont il sollicite en vain le renouvellement dans le cadre d'un changement de statut depuis le 6 décembre 2022. Si l'intéressé établit avoir adressé un courriel aux services de la préfecture des Yvelines, où il résidait alors, le 6 décembre 2022 afin de " prendre un rendez-vous " pour se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour, il ne démontre pas avoir saisi les services préfectoraux d'une demande de changement de statut et de délivrance d'un titre de séjour avant le 10 juillet 2023. A supposer même que cette demande fût complète, les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'exigeant pas que le diplôme requis pour obtenir ce titre de séjour ait été obtenu l'année précédant la demande, cette condition ne pouvant résulter du seul arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle a été formulée plus de quatre mois après l'expiration de son titre de séjour et au-delà des délais prévus à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et doit ainsi être regardée comme une première demande de titre de séjour à laquelle la présomption d'urgence ne s'applique pas. En outre, il résulte de l'instruction que l'intéressé a attendu trois mois avant de déposer un premier recours en référé à l'encontre de la décision attaquée, le 7 mars 2024, puis de nouveau un mois à l'issue de son rejet le 2 avril suivant. Ainsi, M. B a, ce faisant, contribué à la situation administrative dont il se plaint. Dès lors, ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du même code, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 14 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Bertoncini

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.