Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406649

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406649
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2024, M. A B, représenté par Me Potier, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de le munir dans cette attente d'un récépissé et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de carte de résident dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que qu'il se trouve placé en situation irrégulière depuis le 24 janvier 2024 ; que son contrat de travail a été suspendu depuis le 5 mars suivant du fait de l'absence de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, puis à nouveau à compter du 11 avril suivant, les congés posés du 10 mars au 10 avril pour pallier à cette situation s'étant achevés, et qu'il est ainsi exposé à des mesures d'éloignement alors qu'il bénéficie de la qualité de réfugié depuis une décision de l'OFPRA du 23 avril 2013 ; qu'il a accompli de nombreuses diligences en vue d'obtenir le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction ;

- l'arrêté porte une atteinte manifestement grave, excessive et illégale à son droit au travail et à sa liberté d'aller et venir.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2406446 du 6 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- - l'ordonnance n° 2406564 du 7 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 4 avril 1978 à Agoumi au Mali, a obtenu la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 23 avril 2013. Titulaire d'une carte de résident qui était valable jusqu'au

17 novembre 2023, il en a sollicité le renouvellement, le 25 juillet 2023, et s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 24 janvier 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer, à titre principal, une carte de résident et, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article

L. 522-1 ".

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, ou encore d'une demande fondée sur l'article L. 521-3 du même code qui peut être satisfaite s'il est justifié, notamment, de l'urgence et de l'utilité de la mesure demandée, une demande présentée, comme en l'espèce, au titre de la procédure de l'article L. 521-2 de ce code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. Pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'exécuter la mesure qu'il sollicite, M. B fait valoir qu'il se trouve placé en situation irrégulière depuis le 24 janvier 2024 et insiste sur la circonstance que son contrat de travail a été suspendu depuis le 5 mars suivant du fait de l'absence de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, puis à nouveau à compter du 11 avril suivant, les congés posés du 10 mars au 10 avril pour pallier à cette situation s'étant achevés, qu'il est ainsi exposé à des mesures d'éloignement alors qu'il bénéficie de la qualité de réfugié depuis une décision de l'OFPRA du 23 avril 2013, en établissant ses diligences entreprises en vue d'obtenir le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction. Toutefois, d'une part, les conclusions de M. B tendant, à titre principal, à la délivrance d'une carte de résident sont irrecevables devant le juge statuant en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lequel ne pouvant prendre que des mesures présentant un caractère provisoire. D'autre part, et pour très regrettable que soit cette situation, en l'état de l'instruction, la suspension du contrat de travail du requérant étant déjà effective depuis le 5 mars 2024 puis le 11 avril suivant et malgré ses diligences réalisées auprès de la préfecture en vue de l'obtention du renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction les 25 janvier 2024, 13 février 2024 et 23 avril 2024, M. B ne justifie pas, de nouveau, d'une situation d'extrême urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article

L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 14 mai 2024.

Le juge des référés

Signé

T. Bertoncini

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.