Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406666
vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 mai et 18 juin 2024, M. A G B, représenté par Me El Amine, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me El Amine sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il indique confirmer son arrêté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique du 18 juin 2024. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A G B, ressortissant bangladais né le 20 mai 1988 est entré sur le territoire français le 8 octobre 2020 et a sollicité l'asile le 13 novembre 2020. Sa demande a été rejetée par une décision du 13 juillet 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), notifiée le 21 juillet 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 janvier 2024, notifiée le 6 février 2024. Par un arrêté du 12 mars 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen de la situation personnelle de M. B au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B, entré en France le 8 octobre 2020, est célibataire. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 juillet 2021 de l'OFPRA, confirmée par une décision de la CNDA du 15 janvier 2024, notifiée le 6 février 2024. Si l'intéressé soutient que l'admission exceptionnelle au séjour qu'il a sollicité le 7 décembre 2023 via la plateforme " démarches simplifiées ", est en cours d'instruction auprès des services de la sous-préfecture de Sarcelles, il ne peut se prévaloir que du dépôt de cette demande mais d'aucune autorisation provisoire au jour de l'arrêté attaqué. En outre, il ressort des pièces du dossier que cette demande a été rejetée. Ainsi, nonobstant l'insertion professionnelle alléguée, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
6. L'arrêté en litige a été signé par Mme D F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration qui avait reçu délégation à cet effet du préfet du Val-d'Oise, par un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision fixant le pays de renvoi, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
8. Si B soutient que l'arrêté contesté méconnait les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bienfondé. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 juillet 2021 de l'OFPRA, confirmée par une décision de la CNDA du 15 janvier 2024, notifiée le 6 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard et des stipulations et des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais de l'instance.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
10. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, () dénuée de fondement (). ".
11. La requête de M. B étant manifestement dépourvue de fondement, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.
D É C I D E :
Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G B, à Me El Amine et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P.-H. E La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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