Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406777

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHANGOU DONGMEZA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant pakistanais, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 15 avril 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a estimé que le droit d'être entendu de l'intéressé n'avait pas été méconnu, ce dernier ayant pu présenter des observations lors de l'examen de sa demande d'asile et lors d'une audition postérieure. Il a également jugé que les craintes pour sa vie en cas de retour au Pakistan n'étaient pas établies faute d'éléments probants. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Il soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communiqué l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,

- et les observations de Me Changou Dongmeza, avocate désignée d'office représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête et à ce qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour. Elle expose à l'oral les moyens soulevés dans la requête et fait valoir, en outre, que son droit à être entendu a été méconnu.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 26 décembre 1996, est entré en France le

5 février 2022 et a sollicité l'asile le 9 février 2022. Par une décision du 5 mai 2023, notifiée le

7 juin 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 15 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; (). ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en conséquence du refus, le 5 mai 2023, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) de sa demande d'asile. L'intéressé a eu la possibilité de présenter des observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de cette demande, il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Le préfet n'était pas tenu de l'inviter à présenter des observations sur une mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal d'audition de l'intéressé, le 27 avril 2024, par les services de police, antérieur à l'arrêté attaqué, que celui-ci a été interrogé, notamment, sur la régularité de son séjour en France et sur sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu son droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

6. Si le requérant soutient craindre pour sa vie en cas de retour au Pakistan, il ne précise pas la nature des menaces dont il ferait l'objet dans son pays d'origine et ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Il n'apporte ainsi aucun élément probant précis et circonstancié de nature à établir qu'il risquerait d'être soumis à des peines ou traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par une décision de l'OFPRA le 5 mai 2023 et notifiée le 7 juin 2023. Ainsi, M. B ne justifie pas de la réalité des risques personnels et actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, y compris ses conclusions à fin d'injonction, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. Ouillon

La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.