Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406861
lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406861 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, M. B, représenté par Me Selmi demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quatre mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute qu'il ait été mis à même de présenter ses observations ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et procède d'un examen insuffisant de sa situation ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article
L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bangladais né le 27 janvier 1999, entré en France le 8 novembre 2021, a sollicité l'asile le 16 décembre 2021. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juin 2022, notifiée le 12 août 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 novembre 2022, notifiée le 16 décembre 2022. Par un arrêté du 23 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, se fondant sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée d'un an. M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A F, attaché adjoint au chef de bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait d'une délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire relatives aux déboutés du droit d'asile en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E C, en vertu d'un arrêté n°2024-17 du 8 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
4. La décision en litige vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B en indiquant que l'intéressé, entré en France le 8 novembre 2021, a déposé une demande d'asile le 16 décembre 2021 qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juin 2022, notifiée le 12 août 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 novembre 2022, notifiée le 16 décembre 2022. L'arrêté précise que M. B déclare être célibataire et sans enfant, circonstance dont il découle que la décision ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la décision constate qu'en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune circonstance particulière ne justifie qu'à titre exceptionnel un délai de départ volontaire supérieur à trente jours soit accordé à l'intéressé. Il suit de là que la décision attaquée comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. M. B se borne à soutenir qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sans indiquer les informations pertinentes relatives à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient pu avoir une influence sur le sens de la décision. Dans ces conditions, le requérant ne peut valablement soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
8. En premier lieu, la décision en litige vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne le pays d'origine du requérant et indique que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est ainsi suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, M. B se borne à indiquer qu'il réitère ses craintes de persécutions en cas de retour au Bangladesh sans assortir ses allégations de la moindre précision ni d'aucune pièce. Au demeurant, il ressort du relevé " TélémOfpra " versé à la procédure par le préfet des Hauts-de-Seine que la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juin 2022, notifiée le 12 août 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 novembre 2022, notifiée le 16 décembre 2022. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
11. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. A F lequel disposait d'une délégation à cet effet accordée par le même arrêté que celui indiqué au point 2 du présent jugement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision ne peut donc qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
14. La décision faisant à M. B interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an vise les articles L. 612-8 et 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il est présent en France depuis le 8 novembre 2021 et qu'il déclare être célibataire et sans enfant, circonstances dont il découle que ses attaches sur le territoire français ne sont pas intenses. La décision est, ainsi, suffisamment motivée.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Il ne peut donc qu'être écarté comme inopérant s'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B ne peuvent qu'être écartées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Charlery La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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