Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406920

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires, un mémoire complémentaire, et d'autres pièces complémentaires, enregistrés les 15, 17, 23, 24, 27 et 28 mai 2024, Mme B D, représentée par Me Abdollahi Mandolkani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision de transfert :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle méconnait les articles 4, 5 et 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant sa vie privée et familiale ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que l'article 17 du même règlement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 et 24 mai 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné, qui informe les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation et d'injonction en raison de la décision de l'autorité administrative d'enregistrer la demande d'asile de la requérante en procédure normale ;

- les observations de Me Saedi, substituant Me Abdollahi Mandolkani, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose à l'oral ;

- et les observations de Mme D, assistée par M. A, interprète en langue kurde.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante syrienne née le 2 octobre 1990, a présenté une demande d'asile en France le 4 avril 2024. Toutefois, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé qu'elle avait au préalable sollicité l'asile auprès des autorités allemandes. Par suite, une demande de reprise en charge a été adressée le 5 avril 2024 aux autorités allemandes, qui l'ont acceptée explicitement le 9 avril 2024. Par un arrêté du 3 mai 2024, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de police de Paris a décidé de son transfert aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Il ressort des pièces du dossier et particulièrement des pièces produites par Mme D au cours de l'audience, que, le 27 mai 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de police de Paris a délivré à l'intéressée une attestation de demande d'asile en procédure normale révélant que sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale par les autorités françaises qui se sont ainsi reconnues responsables de l'examen de cette demande d'asile. Il en résulte nécessairement que le préfet de police de Paris a, implicitement, abrogé son arrêté du 3 mai 2024, qui n'avait pas reçu exécution, par lequel il décidait de transférer Mme D aux autorités allemandes, alors considérées comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2024 ainsi que les conclusions aux fins d'injonction y afférentes, sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais de l'instance :

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de Mme D.

Article 2 : L'Etat versera à Mme D la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Ouillon La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406920