Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406922

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant indien, qui contestait un arrêté préfectoral du 13 mai 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, assorti d'une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que la décision d'éloignement était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation du requérant, dont la présence récente en France et l'absence de liens familiaux établis ne justifiaient pas une erreur manifeste d'appréciation. Concernant l'interdiction de retour, le tribunal a jugé que la préfète avait légalement tenu compte des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la légalité des mesures d'éloignement prises par l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 15 mai et le 26 juin 2024, M. B, représenté par Me Rajkumar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au titre des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une atteinte à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024 la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2024 :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- le requérant n'étant ni présent ni représenté ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant indien né le 8 avril 1984, est entré sur le territoire français le 1er avril 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 13 mai 2024, dont

M. B demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen de la situation personnelle de M. B au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

4. M. B soutient qu'il est sur le territoire français depuis six ans et qu'il y réside avec tous les membres de sa famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il ne peut établir sa présence que depuis l'année 2021, ce qui démontre une arrivée récente et il ne démontre par aucune pièce la présence de sa famille sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet sur sa situation personnelle et familiale doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

6. En l'espèce, il ressort des termes de la décision contestée, que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifie pas de liens suffisamment intenses avec la France, de son entrée récente et du fait qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de droit doivent être écartés.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entachée sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision contestée.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P-H. d'ArgensonLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision