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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2407205

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407205

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407205
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantDELARUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire enregistrés les 13 mai 2024, 18 septembre 2024 et 30 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Delarue, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à parfaire, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Delarue sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à al part contributive de l'État relative à l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département du Val-d'Oise ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle est toujours dépourvue de tout logement social, qu'elle est menacée d'expulsion, qu'elle doit faire face à un loyer disproportionné à ses ressources et que, même si le préfet du Val-d'Oise soutient qu'elle a fait preuve de négligence lors du traitement de sa demande par un bailleur social en mai 2023, elle n'a pas été informée que son dossier était incomplet et que cette incomplétude était de nature à lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'une proposition de logement a été faite à Mme B en avril 2023 par un bailleur social et n'a pu aboutir en raison du fait qu'appelée à compléter son dossier le 22 mai 2023 elle n'a pas donné suite à cette demande et qu'un tel comportement a fait obstacle à l'exécution de l'obligation de la reloger.

Vu :

- la décision du 15 juillet 2024, par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme B l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 28 janvier 2022, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, la requérante a saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 8 janvier 2024, réceptionné le 12 janvier suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins. Par ailleurs, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

En ce qui concerne la faute :

4. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu, le 28 janvier 2022, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B, au motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise n'a fait aucune offre de logement à la requérante dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 28 juillet 2022.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives, dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme B, sont établies depuis le 28 juillet 2022.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. Pour établir l'existence de préjudices ayant résulté des carences fautives de l'État, alors que la commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu le caractère urgent et prioritaire de sa demande, au seul motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, Mme B fait valoir que cette situation l'a contrainte à supporter un loyer disproportionné par rapport à ses ressources et qu'elle est, par ailleurs, menacée d'expulsion. Il résulte de l'instruction que la résiliation du bail, dont la requérante était titulaire, a été constatée par un jugement du 27 décembre 2023 du tribunal judiciaire de Pontoise, qui a autorisé son expulsion au terme d'un délai de six mois, et que cette résiliation est imputable à la disproportion manifeste entre le montant du loyer du bail, de plus de 900 euros, et le niveau de ses ressources, de moins de 800 euros, ayant généré l'accumulation d'une dette locative due à la diminution des revenus salariaux de la requérante depuis mars 2020. En outre, par un courrier en date du 23 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter son logement dans les deux mois.

7. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir qu'en mai 2023 Mme B n'a pas donné suite, alors que sa candidature était étudiée par un bailleur social, à un appel de pièces pour compléter son dossier et qu'elle a ainsi fait obstacle par son comportement à l'exécution de la décision de la commission de médiation. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise n'établit pas la réalité d'une telle demande, dont l'existence ne saurait résulter des seules extractions du logiciel du bailleur, sans que la preuve de la notification de cette demande à l'intéressée ne soit produite.

8. Mme B est, dès lors, fondée à soutenir que l'inexécution de la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation. Il en sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 1 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à Me Delarue, conseil de Mme B, de la somme de 1 080 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 1 000 (mille) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Delarue, conseil de Mme B, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Delarue et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2407205

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