Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407262

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2407262 les 22 et 27 mai 2024, Mme C D, représentée par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est disproportionnée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2407263 les 22 et 27 mai 2024, Mme C D, représentée par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné, qui a, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui n'est pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir.

- et les observations de Mme D.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2407262 et n° 2407263, présentées pour Mme D, concernent la situation d'une même requérante. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme C D, ressortissante algérienne née le 12 mars 1996, serait entrée en France le 12 décembre 2022 sous couvert d'un visa valable jusqu'au 25 janvier 2023. A la suite de son interpellation par les services de police, le préfet du Val-d'Oise, par un arrêté du 22 mai 2024, a obligé Mme D à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, ce même préfet a assigné Mme D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme D demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés du 22 mai 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

4. La décision contestée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment son article L. 611-1 ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les motifs justifiant l'application d'une mesure d'éloignement tirés, d'une part, de ce que Mme D est entrée en France sous couvert d'un visa désormais expiré et s'est maintenue sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour et, d'autre part, que l'intéressée ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois et a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Elle fait également état de la situation personnelle de l'intéressée. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si Mme D soutient qu'elle dispose de fortes attaches en France, notamment deux frères dont l'un est de nationalité française, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée en France le 13 décembre 2022 et son séjour sur le territoire national présente un caractère récent. Par ailleurs, si Mme D établit avoir travaillé du 1er septembre 2023 au 30 novembre 2023 en qualité d'employé libre-service pour la société 2M Distribution qui exploite un magasin sous l'enseigne Franprix et travaillerait dans une boulangerie, ces circonstances ne suffisent pas à justifier d'une insertion professionnelle particulière sur le territoire national. L'intéressée qui a indiqué au cours de l'audience ne plus vivre avec son époux qui réside en Algérie, est sans charges de famille en France. Enfin, Mme D n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que des membres de sa fratrie, comme elle l'a indiqué au cours de l'audience, et où elle a vécu jusqu'à au moins l'âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, la décision obligeant l'intéressée à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressée.

8. En quatrième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la possibilité pour elle de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cet article, au demeurant non applicable aux ressortissants algérien, ne régit pas un cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. A B, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, lequel bénéficiait, en vertu de l'arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou non fixation d'un délai de départ volontaire, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas soutenu que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à Mme D un délai de départ volontaire, le préfet du Val-d'Oise a retenu les circonstances que l'intéressée s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes à défaut de justifier d'un lieu de résidence. Si la requérante verse au dossier un contrat conclu le 1er décembre 2023, portant sur la location d'un logement situé à Arnouville (Val-d'Oise) ainsi que des quittances de loyer, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus de départ de volontaire en ne retenant que le 1er motif. En se bornant à soutenir que cette décision de refus de délai de départ volontaire est manifestement disproportionnée quant aux buts poursuivis, elle ne conteste pas utilement le bien-fondé de ce dernier motif. Dans ces conditions, en l'absence de circonstance particulière, la situation de Mme D entrait dans le cas visé au 2° de l'article L. 612-3 précité, permettant de présumer établi le risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision précise que Mme D est de nationalité algérienne et dispose, en son article 2, qu'en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français, l'intéressée sera éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible. Enfin, elle indique que l'intéressée n'allègue pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de prendre à son encontre cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

14. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant qu'une interdiction soit faite à la requérante de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

18. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à Mme D de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet a retenu les circonstances que l'intéressée se maintient en situation irrégulière sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'elle est célibataire et sans enfant. En se prévalant de sa situation personnelle telle qu'elle a été exposée au point 7 du jugement, la requérante n'apporte pas d'éléments permettant d'établir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

19. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () ".

20. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que telle d'un recours pour excès de pouvoir. Mme D n'est donc pas recevable à demander l'annulation de l'information qui lui a été faite qu'elle ferait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

21. En premier lieu, l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 731-1 ainsi que les stipulations conventionnelles dont il fait application et notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que l'intéressée fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Enfin, il précise que l'intéressée est assignée à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours et qu'elle devra se présenter tous les samedis au commissariat de police de Gonesse. Ainsi, l'arrêté contesté, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

22. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence, doit être écarté.

23. En troisième lieu, en se prévalant de sa situation personnelle telle qu'elle a été exposée au point 7 du jugement, la requérante, qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement dont il n'est pas contesté que l'exécution reste une perspective raisonnable, n'apporte pas d'éléments permettant d'établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou porté atteinte à sa liberté d'aller et venir garantie par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Val-d'Oise et en l'obligeant à se présenter tous les samedis au commissariat de police de Gonesse.

24. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du préfet du Val-d'Oise du 22 mai 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1err : Les requêtes de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2407262, 2407263