Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407275
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407275 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2024 et le 6 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Caron, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 20 octobre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre sollicité dans le délai d'un mois et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de quinze jours et dans tous les cas, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à l'obtention du titre sollicité ou durant toute la durée du réexamen de la demande, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros hors taxes, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son conseil, sous réserve que Me Caron renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée la place dans une situation irrégulière sur le territoire français et aggrave sa situation personnelle, ses projets n'aboutissant pas en raison des blocages administratifs ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions des articles
L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a plus de famille dans son pays d'origine, qu'elle réside sur le territoire national depuis 1998 où elle a suivi l'ensemble de sa scolarité et qu'elle met en place diverses solutions nécessaires à sa réinsertion ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir son incompétence dès lors que la requérante ne réside pas dans le département du Val-d'Oise mais à Paris, en application de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2407260, enregistrée le 17 mai 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 7 juin 2024 à 9 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Alphonse, substituant Me Caron, représentant Mme B, requérante, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 19 janvier 1997, est entrée sur le territoire français en 1998. Elle a été mise en possession de plusieurs titres de séjour dont le dernier en date, portant la mention " vie privée et familiale ", était valable du 20 juin 2022 au 19 juin 2023. Mme B a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour à la date de son expiration et a obtenu des récépissés de demande de carte de séjour. Du silence gardé par l'administration sur sa demande, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme B, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 20 octobre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence ni sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Val-d'Oise. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Caron, au préfet du
Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy, le 2 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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