Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407293

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2405974 du 17 mai 2024, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A D, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 13 mars 2024.

Par cette requête, M. D, représenté par Me Tobiass, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de Police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 14 septembre 1993, est entré sur le territoire français le 16 mars 2020, muni d'un visa court séjour expirant le 11 avril 2020. L'intéressé a déposé une demande de reconnaissance du statut de réfugié le 25 août 2022, qui a fait l'objet d'une décision de clôture de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 16 mars 2023, notifiée le 26 avril 2023. Par un arrêté du 1er mars 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié, le préfet de police a donné à M. B C délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation administrative de M. D. Ce moyen doit par suite être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4°) La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police de Paris s'est fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger le requérant à quitter le territoire français. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que la demande de reconnaissance du statut de réfugié présentée par M. D a fait l'objet d'une décision de clôture de l'OFPRA du 16 mars 2023, notifiée le 26 avril 2023. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de l'exercice une activité salariée de coiffeur depuis deux ans, cette activité récente ne peut constituer un obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne démontre ni avoir noué des liens particulièrement significatifs au cours de la faible durée de sa présence en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. Robert Le greffier,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.