Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407365
lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. B A, représenté par Me Siran, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, de lui remettre une attestation de demande d'asile et un formulaire de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Siran, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il soit définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de verser cette somme directement à son bénéfice.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et est privé des droits attachés à sa qualité de demandeur d'asile ; qu'en outre, il risque à tout moment d'être placé en rétention administrative alors que la France est désormais responsable de sa demande d'asile, qu'il craint des persécutions au Mali et qu'il a la faculté de présenter sa demande de protection internationale devant l'OFPRA ; qu'enfin, la décision litigieuse le maintient dans une situation de grande précarité et d'instabilité ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle a été signée par une autorité incompétente ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;
* elle méconnaît les dispositions des articles L. 521-1 et R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer de la requête.
Il fait valoir que l'intéressé est convoqué au " guichet demande d'asile " de la préfecture des Hauts-de-Seine, en salle 3, à Nanterre, le lundi 10 juin 2024 à 9 heures, aux fins de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2407636, enregistrée le 24 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Siran, représentant le requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né le 10 mars 1996 à Bamako au Mali, est entré sur le territoire français, en 2021, selon ses déclarations, et a sollicité l'asile, le 25 janvier 2022, auprès de la préfecture du Bas-Rhin. L'examen de sa demande d'asile ayant révélé qu'il avait franchi la frontière de l'Espagne, sa demande a été placée en procédure Dublin et un arrêté de transfert vers les autorités espagnoles a été édicté à son encontre par le préfet du Bas-Rhin. La France étant devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile depuis le 14 octobre 2022, M. A a, par courriels en date des 24 avril et 14 mai 2024, alerté les services de la préfecture sur sa situation de blocage administratif et a sollicité l'octroi d'un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande d'asile. Le 15 mai 2024, le bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine a orienté M. A vers la plateforme téléphonique de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a refusé de lui délivrer un rendez-vous. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête de M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a convoqué l'intéressé au " guichet demande d'asile " de la préfecture des Hauts-de-Seine, en salle 3, à Nanterre, le lundi 10 juin 2024 à 9 heures, aux fins de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, présentées par M. A, qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées en application combinée des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées,
O R D O N N E :
Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par M. A.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Siran et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 10 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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