Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407522
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407522 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. C, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- méconnait l'article 8 du règlement Dublin III, dès lors que son père est présent en France et qu'une séparation d'avec lui et un transfert en Espagne l'exposent à des risques pour sa santé mentale et émotionnelle ;
- les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Espagne sont inadéquates, sont susceptibles de compromettre sa sécurité et il n'y bénéficiera pas d'une protection suffisante.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sénégalais né le 4 mars 2002, a introduit une demande d'asile en France le 11 mars 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " le même jour a révélé que les empreintes de l'intéressé avaient été relevées par les autorités espagnoles le 15 février 2024 préalablement au dépôt de sa demande d'asile. Ces autorités, saisies le 12 mars 2024 d'une demande de prise en charge, sur le fondement de l'article 13-1 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013, n'y ont apporté aucune réponse. De leur silence est né, le 12 mai 2024, un accord implicite dont elles ont été informées par un message du 14 mai 2024, en application de l'article 10 du règlement CE n°1560/2003 du 2 septembre 2003. Par un arrêté en date du 15 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de transférer M. C aux autorités espagnoles. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, M. C invoque la méconnaissance de " l'article 8 du règlement Dublin III ", lequel concerne la situation des mineurs. M. C, qui est né en 2002 et est donc âgé de 22 ans à la date de l'arrêté en litige, ne compte pas au nombre des personnes concernées par ces dispositions. Il suit de là que le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
3. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ".
4. M. C fait valoir que " les conditions d'accueil des demandeurs d'asile (en Espagne) sont notoirement inadéquates et pourraient compromettre (sa) sécurité et (son) intégration", indiquant en outre " avoir des raisons de croire " qu'il n'y bénéficierait pas d'une protection suffisante. Toutefois, ces allégations présentent un caractère excessivement général et sont dépourvues de tout élément circonstancié se rapportant à la situation particulière du requérant. Notamment, il n'apporte aucun élément susceptible de laisser penser que sa demande ne pourrait être traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit qu'en décidant de prononcer le transfert du requérant vers l'Espagne, et en s'abstenant de faire usage de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet des Hauts-de-Seine n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".
6. En soutenant que la séparation d'avec son père, qui réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour valable jusqu'au 19 août 2025 et constitue son principal soutien moral et psychologique, l'exposerait à une situation de vulnérabilité accrue, M. C doit être regardé comme soulevant le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché la décision en litige en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire mise en œuvre par les dispositions précitées, pour identifier la France comme l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Toutefois, la seule séparation du requérant d'avec son père n'est pas susceptible de caractériser une situation de vulnérabilité, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du titre de séjour accordé à M. B C, que ce dernier réside en France depuis au moins le 20 août 2015, date à laquelle ledit titre de séjour lui a été délivré, alors que M. A C n'y est entré que le 11 mars 2024. De sorte qu'il est constant qu'ils sont séparés depuis déjà de nombreuses années. D'une manière générale, de telles circonstances relatives à la présence d'un proche dans un Etat membre sont insusceptibles de justifier, sauf situations particulières, que le préfet dérogeât aux règles de transfert, dès lors que le règlement du 26 juin 2013, qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen, au regard d'éléments relatifs à leur parcours ou leur situation personnelle. Il suit de là que le moyen invoqué par M. C ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Charlery La greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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