Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407718

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407718
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Fotso Pouokam, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et lui a fait obligation de remettre son passeport à l'autorité administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors que sa demande de renouvellement de titre de séjour a été refusée ; qu'en outre, la décision attaquée la prive d'un accès au marché de l'emploi alors qu'elle a validé son master et qu'elle est en recherche active d'une première expérience professionnelle et qu'enfin, elle est atteinte d'une pathologie qui nécessite une prise en charge médicale, laquelle est en cours en France et inaccessible dans son pays d'origine et que sa situation médicale est fragile.

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

* elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du point 26 de l'annexe 10 du même code.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2407713, enregistrée le 30 mai 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 21 septembre 1997, est entrée sur le territoire français le 27 août 2019 munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 26 août 2019 au 26 août 2020. Elle a été mise en possession de plusieurs titres de séjour dont le dernier en date était valable du 1er mai 2023 au 30 avril 2024. Le 1er avril 2024, elle a sollicité auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Par un arrêté du 3 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et lui a fait obligation de remettre son passeport à l'autorité administrative. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit et portant interdiction de retour.

5. La requête en annulation formée par Mme A, le 30 mai 2024, a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, l'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français prises à son encontre. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de la décision portant refus de titre de séjour :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Pour justifier de l'urgence, Mme A fait valoir que sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée, ce qui présume la situation d'urgence dont elle se prévaut d'une part, et, d'autre part, que la décision attaquée la prive d'un accès au marché de l'emploi alors qu'elle a validé son master et qu'elle est en recherche active d'une première expérience professionnelle. Par ailleurs, elle soutient qu'atteinte d'une pathologie nécessitant une prise en charge médicale inaccessible dans son pays d'origine, sa situation médicale est fragile et qu'elle est convoquée, le 26 juin 2024, par les médecins. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressée ayant obtenu son diplôme de master II " Audit et Finance d'entreprise ", le 14 décembre 2023, au titre de l'année universitaire 2022-2023, et qu'ayant été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 1er mai 2023 au 30 avril 2024, sa demande de renouvellement de titre de séjour, présentée le 1er avril 2024, dans laquelle elle sollicite une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", est une demande de changement de statut. Par ailleurs, si Mme A soutient être atteinte d'une pathologie dont le suivi ne peut être réalisé dans son pays d'origine et que son état de santé est fragile, il est constant qu'elle n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article

L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 10 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.