Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407725

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. A B, représenté par Me Chayé, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 15 avril 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté sa demande de délivrance de carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer un document lui permettant d'exercer sa profession dans un délai de deux semaines à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite dès lors qu'il est maintenu dans une situation de précarité ne percevant plus de revenus et ne pouvant plus exercer sa profession ;

Les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2408028 enregistrée le 30 mai 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juin 2024 à 10 heures 00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Chaye, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et aux mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B exerce la profession d'agent de sécurité et a obtenu une carte professionnelle pour l'exercice de son activité valable du 21 février 2019 au 21 février 2024, dont il a demandé le renouvellement. Par une décision en date du 15 avril 2024, le directeur du CNAPS a rejeté sa demande au motif qu'il n'a obtenu aucun document l'autorisant à séjourner sur le territoire français entre le 10 avril 2020 et le 13 septembre 2021. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Eu égard aux charges familiales de l'intéressé qui exerce légalement une activité d'agent de sécurité sous un agrément délivré du 21 février 2019 au 21 février 2024 qui constitue la source principale de revenus du foyer, l'urgence est établie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité (de sécurité privé) (..) 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour ".

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-20 est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision du 15 avril 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté la demande de délivrance de carte professionnelle de M. A B st suspendue jusqu'à la mise à disposition du jugement au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

9. Eu égard à ses motifs et en l'absence d'un autre motif justifiant le refus attaqué, la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance au requérant d'une autorisation provisoire d'exercer la profession d'agent de sécurité. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. A B une autorisation provisoire d'exercer la profession d'agent de sécurité valable jusqu'à la notification du jugement à rendre au fond, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 400 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par M. A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 15 avril 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté la demande de délivrance de carte professionnelle de M. A B est suspendue jusqu'à la mise à disposition du jugement au fond.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. A B une autorisation provisoire d'exercer la profession d'agent de sécurité valable jusqu'à la notification du jugement à rendre au fond, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B la somme de 400 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au directeur du conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Cergy, le 24 juin 2024

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24077250