Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407801

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Siran, avocate, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision, en date du 15 janvier 2024, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer, à titre rétroactif, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à Me Siran, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, si elle est définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, dans le cas contraire, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à lui verser, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve dans une situation de grande précarité, dépourvue de ressources et incapable de subvenir à ses besoins les plus élémentaires ni à ceux de son jeune enfant ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, qui :

* a été signée par une autorité incompétente ;

* n'est pas suffisamment motivée ;

* est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

* est entachée d'un vice de procédure, en violation des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'un vice de procédure, en violation des dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* a été prise en violation des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* méconnait les stipulations des articles 3 et 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête :

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir :

- que la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- qu'aucun des moyens invoqués par Mme A n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2407801, enregistrée le 31 mai 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 juin 2024 à

10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier :

- le rapport de M. Kelfani, juge des référés ;

- et les observations de Me Siran et de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 15 janvier 2024, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé à Mme A, demandeuse d'asile de nationalité ivoirienne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une lettre en date du 5 février 2024, Mme A a formé, devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le recours administratif préalable obligatoire prescrit par l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de ce recours administratif préalable obligatoire, née du silence gardé sur ce recours par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il ressort des pièces du dossier, que Mme A et son enfant, prénommé Moussa-Ryan, né à Paris le 30 octobre 2023, sont isolés et sans ressources. Si l'enfant a été reconnu par son père le 11 août 2023, il n'est pas utilement contesté que la requérante n'entretient plus aucune relation avec celui-ci. Il n'est pas non plus sérieusement contesté que Mme A a subi, depuis son départ de Côte d'Ivoire, un parcours particulièrement traumatique et qu'elle se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité tant matérielle que psychologique. Ainsi et alors même que Mme A et son jeune fils bénéficient d'un hébergement dans le cadre du dispositif dit du " 115 " et du soutien d'associations caritatives, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme remplie.

7. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par Mme A et tirés de ce que le refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle paraissent, notamment, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu, par suite, de faire droit aux conclusions de la requérante aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, née du silence gardé sur ce recours, formé par une lettre en date du 5 février 2024, par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

10. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à la requérante, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile.

11. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction prononcée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que l'avocate de la requérante renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Siran d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. À défaut d'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 (mille) euros sera mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dirigé contre la décision en date du 15 janvier 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé sur ce recours, formé par une lettre en date du 5 février 2024, par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme A, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile.

Article 4 : Sous les réserves mentionnées au dernier point de la présente ordonnance, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Siran, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. À défaut d'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait, à Cergy-Pontoise, le 13 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

K. Kelfani

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.