Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407808
vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GAIA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, la société Best Food Nanterre, représentée par Me Trojman, avocat, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 16 mai 2024 par lequel la maire de la commune de Nanterre a fixé, pour une période de six mois à compter de la date de sa notification, les heures de fermeture de l'établissement qu'elle exploite, sous l'enseigne " Le 129 ", situé 142, boulevard des provinces françaises, entre 23 heures et 6 heures et prescrit que pendant ses heures de fermeture, l'établissement ne pourra plus exercer son activité en accueillant du public (consommation sur place ou vente à emporter) ou en assurant des livraisons à domicile ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
La société Best Food Nanterre soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêté contesté a pour conséquence une perte importante de son chiffre d'affaires, lui porte une atteinte grave, discriminatoire et immédiate et bafoue le principe de la liberté du commerce et de l'industrie ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, qui :
* méconnaît le principe de proportionnalité ;
* est discriminatoire, les restaurants voisins, qui proposent les mêmes services que son établissement, pouvant poursuivre leur activité au-delà de 23 heures ;
* a été prise alors que le courrier de l'adjoint au maire de la commune de Nanterre en date du 12 février 2024 n'appelait pas de réponse de sa part ;
* fait état de plaintes d'habitants ou de passants qui sont infondées, ainsi que l'établissent les constats d'huissier ;
* est entachée d'illégalité, dès lors que la commune de Nanterre ne justifie pas de l'assermentation des policiers municipaux qui auraient recueilli les plaintes verbales des habitants ;
* porte atteinte à la liberté de commerce et de l'industrie et à la libre concurrence.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, la commune de Nanterre, représentée par Me Peru, avocat, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Best Food Nanterre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Nanterre fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun moyen invoqué n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2408156 enregistrée le 31 mai 2024, par laquelle la société Best Food Nanterre demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 18 juin 2024 à 9 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière, et au cours de laquelle un court film, versé aux débats par la commune de Nanterre, a été visionné et commenté par les représentantes des parties :
- le rapport de M. Kelfani, juge des référés ;
- les observations de Me Trojman ;
- et celles de Me Pasquio, avocate, substituant Me Peru.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 16 mai 2024, le maire de la commune de Nanterre a fixé, pour une période de six mois à compter de la date de la notification de cet arrêté, les heures de fermeture de l'établissement que la société Best Food Nanterre exploite, sous l'enseigne " Le 129 ", situé 142, boulevard des provinces françaises, entre 23 heures et 6 heures et prescrit que pendant ses heures de fermeture, l'établissement ne pourra plus exercer son activité en accueillant du public (consommation sur place ou vente à emporter) ou en assurant des livraisons à domicile. La société Best Food Nanterre demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la société requérante à l'encontre de l'arrêté du maire de la commune de Nanterre en date du 16 mai 2024 et mentionnés dans les visas de la présente ordonnance, ne paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Best Food Nanterre doit être rejetée en toutes ses conclusions.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Nanterre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Best Food Nanterre est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Nanterre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Best Food Nanterre et à la commune de Nanterre.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 21 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
K. Kelfani
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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